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Marcel Proust

Inassouvies, nos vies de Fatou Diome (2008)

Publié le 26 Novembre 2008 in Regards sur une oeuvre

Comment aborder sereinement la rédaction de ce billet sans donner de prime abord la raison qui m'a amené à lire ce roman ?

 

Il est des moments dans la vie où nos propensions, somme toute naturelles, à déprimer occupent entièrement notre esprit. Il ne s'agit donc non plus de simples propensions, mais de réelles périodes de déception quant à notre passé et de  vraies périodes de désespoir quant à notre avenir. Dans ces moments-là, il est bon de parler à ses ami(e)s les plus proches.

Je la nommerai Inge. Inge, c'est un prénom d'origine hanséatique, tout comme le sien. C'est presque son prénom. Elle se reconnaîtra. Je sais qu'elle détesterait que je dévoile son vrai prénom, même si cela ne serait à l'origine d'aucun bouleversement dans sa vie. Mais, je la respecte bien trop pour passer outre ses voeux et je  lui attribue donc ce pseudonyme Inge. D'ailleurs, si vous ajoutez la lettre "l"à la fin de ce pseudonyme, vous obtenez Ingel puis, si vous remplacez le "i" par un "e" , alors vous aurez Engel. Pour les non-germanistes, Engel signifie Ange en allemand. Loin de moi l'intention de tomber dans un sentimentalisme niais, mais je dois reconnaître qu'Inge est mon ange-gardien. Je lui ai fait du mal mais nous sommes restés malgré tout d'excellents amis. Plusieurs fois, elle a pris le temps de m'écouter et de parler avec moi alors que je voyais la vie sous le spectre de la mort. Tâche difficile qui lui était confiée mais à chaque fois, elle a su me remettre en selle. Merci Inge. Soit elle m'écoutait patiemment, le temps que je déverse mon flot de détresse. Soit elle intervenait et me proposait de rebondir. C'est ainsi, qu'un jour de novembre, elle m'a demandé de lire un roman. Vous êtes perspicaces : il s'agit bien d'Inassouvies, nos vies de Fatou Diome. A moi de retranscrire dans ce billet ce que ce roman m'a enseigné et en quoi il peut m'aider à affronter les crises de désespoir à venir.

 

 

Rien que le titre de ce roman est en soi d'une grande beauté. Il résume à la perfection, en un demi-alexandrin rythmé, en un bref poème pourrait-on même dire, le propos de Fatou Diome. Quelle belle alitération en "i", en "vi" et en "n" ! C'est trois sons si harmonieux forment un titre emprunt de douceur qui suggère, seulement du fait de ces sonorités si simples au fond, un appel à l'action, un appel à se resaisir, à agir mais surtout un appel préalable à cogiter. A peine avez-vous le livre en main que vous commencez déjà à réfléchir au sens profond de ce titre. Vous philosophez avant même d'avoir lu le premier mot du roman. Votre lecture commence sous les meilleures augures. Ataraxie.

 

Betty est une jeune trentenaire qui habite à Strasbourg. Elle se pose beaucoup de questions, notamment sur la vie. Qu'est-ce que la vie ?  Cela la mène à se poser d'autres questions, plus annexes. Quelle est la différence entre les lieux de vie, autre nom donné aux lieux d'habitation, et les usines ? Les bureaux et les usines sont-ils des lieux de mort ? Pour répondre à toutes ces questions, elle décide de devenir Betty la Loupe, c'est à dire qu'elle va observer les personnes qui habitent dans les cinq premiers étages de l'immeuble situé en face de chez elle. Elle va tenter de comprendre leur vie, de la décrire et d'en tirer une réponse à la question qui la taraude tant. Betty se contentait d'un verre d'eau pour appréhender des immensités océaniques.

Son observation se tourne en premier lieu vers une vieille dame, résidant au premier étage. Elle la surnomme Félicité car elle n'arrête pas de parler beaucoup et de sourire à son chat. Qu'elle lui semble bien seule, cette Félicité ! Etant donnés les nouveaux objectifs que s'est fixée Betty, elle va tout faire pour savoir qui se cache sous les traits de cette vieille dame à l'apparence quiète. Et elle n'est pas déçue ! A force de persévérance, elle réussit à entrer dans l'intimité de Félicité et à devenir son amie et confidente. A vous de découvrir le passé de Félicité, le deuil de son Antoine adoré, sa vie de veuve fidèle, l'irrespect de sa famille, son séjour à la maison de retraite B-Horizon et surtout son regard serein et expérimenté sur la vie. Puis, Betty tente de perçer au jour la vie secrète d'une professeure de lettres, célibataire intello-écolo-bio, habitant au quatrième étage. Elle mène sa vie tambours battant. Mais, cela ne l'empêche pas de se sentir seule et délaissée. Après avoir ignoré l'amour qu'un père divorcé du cinquième étage lui vouait et qui finalement s'est suicidé, elle rencontre l'âme soeur en la personne de l'un de ses collègues de travail. Betty s'intéresse également à un couple très fortuné et distingué avec enfants, résidant au troisième étage, sur le point de divorcer. Le père, avocat, s'est épris de sa secrétaire ; la mère préfère partir en lui laissant entre les jambes leus enfants, brisant ainsi au vol la liberté de son ex-mari.

Cependant, un évènement va venir bouleverser les observations de Betty : la mort de Félicité, sa meilleure amie. C'est alors que vont remonter des souvenirs douloureux à la surface. Déjà à l'âge de dix ans, elle avait vécu cela. Betty se rappelle, en effet, sa jeunesse au Sénégal, son enfance passée dans la misère d'un petit village insulaire africain. Et, elle se rappelle surtout la mort de son amie d'enfance, Mba Gnima, en 1978. Ce fut, comme pour la mort de Félicité, une grande souffrance. Mais, jamais elle n'avait repensé à ce point-là à la mort de Mba Gnima. C'était une blessure secrète que la mort de Félicité a réouverte.

Après cette double mort, Betty fait connaissance avec un homme mystérieux. Rencontre salvatrice. Cet homme ne veut que son bien. Mais lui aussi décèdera. Une épreuve de plus pour Betty qui va prendre la décision de partir sur les flots...

 

 

A plus d'un égard, ce roman ressemble au roman best-seller de Muriel Barbery, L'élégance du hérisson (pour lire le billet, cliquez ici). Muriel Barbery est guidée par une problématique sensiblement similaire à celle de Fatou Diome : la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Et, déjà, dans L'élégance du hérisson, l'auteure nous fait découvrir les habitants d'un immeuble au travers de deux personnages-clés : une jeune fille, nommée Paloma, qui veut savoir ce qu'est la vie (tout comme Betty) et la vieille concierge de l'immeuble, Renée, qui porte le même regard sur la vie que Félicité. Ces deux romans se font donc se rencontrer deux générations afin de discourir sur la vie. Mais, mises à part ces ressemblances générales, le style et le propos des auteures sont différents ; ce qui n'empêche évidemment pas à ces deux livres d'être tous deux de très bons hymnes à la vie.

 

En effet, que dire du roman Inassouvies, nos vies si ce n'est qu'il est vraiment très réussi.

 

Où commencer l'éloge ? A la langue fraîche et soyeuse de Fatou Diome ? Ou bien, au regard espiègle que porte cette auteure sénégalaise sur la langue française qui semble tant l'amuser ? Ou bien encore à son désarroi, bien justifié, face à l'abandon des personnes âgées dans les sociétés occidentales par de jeunes gens, individualistes, avides d'héritages pécuniaires ? Je ne sais pas mais une chose est en revanche certaine : Fatou Diome a beaucoup de talent.

Elle sait décrire avec brio les épreuves que tout à chacun doit surmonter au quotidien afin de continuer à ramer inlassablement sur l'océan de la vie, afin de continuer à vivre. A côté de cela, Fatou Diome sait aussi faire preuve d'optimisme en étant lucide quant à la vie. Oui, la vie est dure. Mais, elle l'est pour tout le monde. Et, elle est constamment inassouvie. Nous ne faisons jamais ce que nous voulons. Rarement nous faisons autant de choses que nous l'aurions voulu. Fréquemment, nous nous apercevons que nous avons manqué de vivre des moments inoubliables avec des personnes qui ont un jour pénétré notre quotidien. Inassouvi, c'est le mot juste. Et, notre esprit est notre plus grand ennemi. Certes, il nous différencie de l'animal mais il nous fait nous rendre compte à quel point notre vie ne ressemble pas à ce que nous souhaitons au plus profond de nos êtres. Alors, ne fuyons pas par le suicide qui, même s'il est tentant, ne doit pas être une solution viable, un échappatoire. Affrontons la vie et essayons de faire en sorte qu'elle soit la moins inassouvie possible. C'est le message que Fatou Diome nous délivre dans ce roman. Un message d'espoir en un avenir meilleur où le déterminisme n'est pas une fatalité : il nous reste des marges de manoeuvre pour mener au mieux nos vies. Il nous appartient donc, à nous seuls, d'être heureux tout en sachant qu'on ne pourra l'être que fort peu souvent.

 

Un roman à lire de toute urgence. Il peut sauver des vies.

 

 

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R
Tu as raison, Thomas.<br /> <br /> Inge, merci d'être là!!!
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A
ok je lis ça en rentrant !
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C
Si belle Femme au prénom adoré et si talentueuse. Oh oui comme elle joue si malicieusement avec la langue française, dans une prose envoutée par la poésie, elle nous offre toute la profondeur de son esprit et surtout quelques saveurs de la vie. <br /> Elle est juste, émouvante et nous emporte. <br /> <br /> Malgré quelques amertumes et difficultés dans la Vie Petit Chou, laisse toi careser par ses douceurs et emplir de ses bonheurs.
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