Au fin fond du Bourbonnais.
Alors que la France s'apprêtait à élire sa représentation nationale, je battais campagne avec un ami pour faire en sorte que le candidat socialiste arrive en tête. Il nous fallait jeter toutes nos forces dans la bataille étant donné que le second tour des élections législatives approchait à grand pas.
Le rythme était effréné. A un collage d'affiches à S... succèdait une diffusion de tracts sur le marché de B... qui, elle-même, précédait une distribution de professions de foi dans les boîtes aux lettres du nouveau quartier pavillonaire de C... J'étais, comme diraient nos amis allemands, moignon et queue occupé c'est à dire complètement pris par la campagne. L'enjeu, pensais-je alors, était trop important pour ne pas y consacrer toute mon énergie.
Sur le marché de Co..., nous distribuâmes de séduisants journaux en compagnie de militants communistes car la campagne avait cela de particulier que le vote de l'électorat communiste nous était indispensable puisqu'il représentait tout de même près du quart des suffrages exprimés au premier tour.
Militer avec des communistes est toujours riche d'enseignements. J'appris notamment que la Corée du Nord était certes une dictature, mais que la vie n'y était pas forcément plus mauvaise qu'en Corée du Sud, pays où le capitalisme sans foi ni loi aliénerait les individus. On ne peut être que perplexe face à de telles assertions. Le capitalisme serait une sorte de dictature dont les armes principales seraient la peur et le frustration. On peut en effet envisager les choses ainsi, mais il n'en demeure pas moins que la dictature nord-coréenne est meurtrière. On connaît le sort réservé à ceux qui s'opposent au pouvoir. Au mieux le cimetière, au pire la fosse. En démocratie, pas de fosse, ni de cimetière (normalement...). Cela fait une grande différence entre les deux dictatures ! Que les communistes français aillent vivre pendant plusieurs années dans ce pays liberticide qui semble tant les enthousiasmer et après, on verra s'ils sont aussi enjoués à l'idée de vivre sous l'égide d'un pouvoir autocratique, corrompu et qui s'enrichit sur le dos d'un prolétariat soumis, constamment menacé de mort. Les communistes feraient mieux de lire de bons romans afin de calmer leurs ardeurs staliniennes.
Après avoir quitté le village de Co..., alors que nous étions en route pour M..., je parlais à mon ami de ma rencontre avec ces militants communistes. Il faut dire que les propos tenus par les militants PC m'ont choqué. Sur le coup, il m'apparassait clairement que ces assertions appartenaient à une époque que je n'avais heureusement pas connue, à une époque que les moins de vingt ne peuvent connaître comme le chante si bien Charles Aznavour... Jamais je ne me suis senti si fier d'être socialiste !
Mon ami, à ma grande surprise, était plutôt divisé sur la question. Oui, l'URSS et la Corée du Nord sont des dictatures. Mais, il était certain qu'un jour, l'URSS serait réhabilitée en partie puisque, dans ce pays, chacun avait eu un accès gratuit aux soins médicaux et à l'éducation. Puis, il prit l'exemple des boîte de petits pois.
Que diable venaient faire les petits pois dans cette galère ?
Il me demanda si on avait besoin d'avoir des petits pois fins, très fins, extra fins, avec ou sans carotte. Il ne pouvait comprendre que pour un même aliment de base, plusieurs marques se battaient sur un marché en diversifiant à volonté leurs gammes, toutes plus folles les unes que les autres.
Je n'y avais jamais réfléchi auparavant. Pour moi, ces différentes gammes allaient de soi. Mais, depuis, les choses ont bien changé.
Dès que je me rends dans un supermarché, et plus particulièrement dans le rayon des petits-pois, je ne peux m'empêcher de penser à ce que mon ami m'a dit. Et je lui donne raison.
Et, bon élève, j'applique sa leçon à d'autres rayons.
Récemment, j'étais au rayon des nouilles. Tout existe, même ce dont vous n'avez pas besoin. Diversité de formes, diversité de taille, diversité de couleurs, diversité d'arômes. N'oublions pas non plus la diversité de temps de cuisson : pâtes à cuisson rapide, pour celles et ceux qui sont tout le temps pressés et qui n'ont pas le loisir de pouvoir prendre leur temps, et pâtes à cuisson normale pour les célibataires endurcis pour qui faire cuire des nouilles est, en soi, une activité palpitante. Avouons quand même qu'entre une cuisson de deux minutes (cuisson rapide) et une de sept minutes (cuisson normale), il y a tout un monde...vous en conviendrez aisément, non ?...
Arrêtons la futilité et revenons au nécessaire ! Quelle différence entre les coquillettes, les macaronis et les tortis ? Aucune ! Ce sont toutes trois des pâtes qui ont le même goût. Nous pourrions largement nous satisfaire d'une seule variété de nouilles. Notre monde n'en serait pas plus triste pour autant. Il faut que nous comprenions ce que sont nos besoins vitaux et comment les satisfaire le plus simplement possible. Cela paraît si évident et pourtant il faudrait le répéter à longueur de journée pour que tout à chacun fasse sien ce discours de simplicité. La partie est effectivement loin d'être gagnée... Il n'y a qu'à considérer la marque de vodka Eristoff pour s'en convaincre...
Cette marque de vodka obtient la palme de la futilité. Aucune autre marque ne peut la battre. Impossible.
Les responsables marketing d'Eristoff n'ont rien trouvé de mieux pour vendre leur produit que de coiffer les bouteilles de vodka d'un charmant bonnet blanc. Que c'est ridicule ! Cela doit censer évoquer le froid de la Russie, peut-être même la fraîcheur de vivre...! Quoiqu'il en soit, il faut être un esprit fort limité pour acheter une bouteille de vodka Eristoff seulement parce qu'elle est coiffée d'un bonnet. C'est un bon exemple d'emballage inutile, qui caractérise selon moi une dérive du capitalisme et de notre société de consommation.
Chaque marque se différencie par des gammes et des emballages plus originaux les uns que les autres, quite à vendre de l'inutile voire parfois réussir à faire passer de l'inutile pour du nécessaire. Les marques sont très fortes.
Alors, comment changer les choses ? Faire une révolution type octobre 1917 ? Une dictature n'est jamais une bonne solution.
Commençons déjà par lire pour oublier l'espace de quelques heures la futilité de ce monde...