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Marcel Proust

Au secours pardon de Frédéric Beigbeder (2007)

Publié le 5 Octobre 2008 in Regards sur une oeuvre

Octave est de retour !

On se souvient tous (et pour ceux qui n'auraient pas lu le livre 99F, empressez-vous de combler cette lacune !) d'Octave, ce "bad boy" de la Rosse (une agence publicitaire) qui a dénoncé l'univers terrible de la publicité à coups d'envolées lyriques, de dialogues comiques et de phrases assassines. (un petit bonheur !)

A présent, Octave travaille à Moscou pour le compte de la compagnie l'Idéal (qui n'est autre que la firme l'Oréal...). Sa mission est on ne peut plus claire. Trouver la top modèle qui demain sera le visage de cette firme internationale du cosmétique. Cette femme - cet objet de désir plus exactement - doit posséder les trois critères suivants :

- il faut qu'elle soit très jeune car le nouveau standard de la beauté féminine est la jeune fille innocente. Les hommes ne sont que des pédophiles qui s'ignorent... Et les femmes ne souhaitent ressembler qu'aux femmes qui sont les fantasmes des hommes...

- il faut que ses mensurations soient parfaites c'est à dire que si l'on divise sa taille par la distance sol-nombril ou si l'on divise la distance sol-nombril par la distance nombril-sommet du crâne, on doit obtenir le chiffre d'or (1,61803399). Sinon, cette femme est dite "imbaisable" et donc ne peut prétendre à incarner la marque l'Idéal...

- il faut qu'elle soit grande, blonde et que ses yeux soient bleus. Hitler n'a pas gagné la guerre, certes, mais il a réussi à imposer comme critères de perfection ceux de la femme aryenne. Aujourd'hui, toutes les agences de manequinnat n'ont d'yeux que pour les critères de beauté du IIIème Reich. Le nouveau fascisme est le fashisme ; entendez par là que les chercheurs de tête ne sont que des "fashion fachos"... Il n'y a pas plus raciste que le monde de la mode et de la publicité...

Et autant vous dire que tous ces "scouts", tous ces chercheurs de tête ne sont que des détraqués sexuels qui sont trop moches et trop cons pour pouvoir assouvir leur pulsions sexuelles dans leurs propres pays où il faut séduire une femme avant d'en attendre davantage de sa part. Leur jeu préféré est de faire miroiter à de jeunes femmes russes miséreuses (âgées entre 13 et 16 ans) un avenir glorieux à Paris contre une nuit en leurs compagnies... C'est absolument abject même pour Octave, qui de nouveau, tient à dénoncer un système, celui du recrutement des top modèles dans les pays de l'Est. Et, Octave en profite aussi au passage pour s'attaquer à la Russie de Poutine.

Le diagnostic d'Octave concernant la Russie contemporaine est des plus préoccupants. Comment un pays peut-il prétendre à un avenir serein quand une quarantaine de Russes, devenus multi-milliardaires suite aux privatisations de 199O, possèdent plus d'un quart de la Russie ?  Comment un pays peut-il espérer jouer un rôle primordial sur la scène internationale quand il est incapable d'avoir un regard critique sur les tortures du passé ? Comment un pays peut-il se présenter comme une démocratie quand la plupart de son élite poltique a occupé des postes-clé au sein du KGB ? Autant vous dire qu'Octave nous offre une vision pour le moins pessimiste de la Russie d'aujourd'hui... Moscou serait devenue la Las Vegas russe où l'on compte plus de panneaux publicitaires qu'à Paris. Et on y trouve des sex shops à tous les coins de rue que tous les oligarques s'empressent de visiter pour y dénicher les femmes les plus jeunes qui les feront jouir en échange d'une vie luxueuse. Lena, personnage-clé du roman, est d'ailleurs une incarnation de cette nouvelle société russe : à quatorze ans, elle n'a connu que la misère, le sexe et la drogue ; tandis que Sergeï, autre personnage du roman, représente l'autre face de la société russe, celle de l'oligarchie corrompue qui n'hésite pas à porter un regard lucide sur son pays...

"Chaque fois que j'appuie sur l'accélérateur, je m'enrichis ! Plus le pétrole est rare, plus il augmente et plus j'empoche. En Russie nous sommes passés directement des privations aux privatisations. Quand la planète se réchauffe, mon compte en Suisse aussi ! Brûle-moi ce putain de mother fucking carburant !"

Terrible.



Frédéric Beigbeder n'a pas sa langue dans sa poche. Loin delà. Après avoir dénoncé la dictature de la publicité dans
99 F, Frédéric Beigbeder s'en prend cette fois-ci à la Russie en général et au commerce de la femme en particulier. Ce commerce immoral et immonde est partagé entre les chasseurs de tête venus d'Europe occidentale et les nouveaux oligarques russes. Les premiers vont en Russie pour "tirer un coup" avec les jeunes femmes pauvres les plus belles en leur faisant croire qu'elle deviendront des stars en Occident, les seconds offrent aux jeunes femmes pauvres les plus belles l'accès aux produits de luxe à condition que celles-ci acceptent de faire partie de leurs harems. La pauvreté existera toujours...elle permet aux hommes les plus répugnants de faire de certaines femmes leurs esclaves sexuelles. Révoltant. Et outre cela, Frédéric Beigbeder s'en prend au capitalisme ("plus vide que le communisme : c'est la première religion pessimiste") dont l'ennemi le plus horrible est l'ataraxie. Pour que le capitalisme perdure, il faut à tous prix éviter que les gens soient heureux. Ils doivent être en permanence insastisfaits et frustrés. Ils doivent à longueur de journées vivre dans une société non de consommation mais de tentation. D'ailleurs, dans nos société contemporaines, une phrase tirée du "Notre Père" pourrait devenir un sloggan altermondialiste (chrétienté et altermondialisme : même combat !) : "Ne nous soumets pas à la tentation" ! Mais,  le vrai sujet qui semble tenir à coeur à Frédéric Beigbeder est la relation amoureuse. Fait-il un portrait de lui-même ou bien celui de l'homme comme il le perçoit à travers ses relations mondaines ? Il n'empêche qu'il voit l'homme comme un petit garçon qui ne prend jamais aucune responsabilité. Il a besoin d'être materné car il ne peut  vivre seul. Cependant, une fois en couple, il a besoin de se sentir libre et de ne pas avoir tout le temps sa femme sur le dos. L'homme post-moderne ne sait pas comment agir vis à vis de la femme libérée. Cette dernière veut jouer un plus grand rôle dans le couple et dans la société mais, dans le même temps, elle veut se sentir protéger par son mari. Que doit faire l'homme moderne alors ? Rester viril ou s'effacer et redevenir un enfant ? Frédéric Beigbeder ne fait qu'exprimer le malaise de sa génération et celui des suivantes face à cette époque charnière des relations homme-femme que nous vivons toutes et tous présentement.

Pour notre plus grande joie, Frédéric Beigbeder -toujours très caustique- a conservé son style vif et percutant pour dévoiler au grand jour les pratiques de ceux qui tiennent les rênes non seulement en France mais aussi en Russie.

Dépressifs, s'abstenir.

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