Toulon, pour les Moulinois, c'est avant tout Toulon-sur-Allier. Son église du XIIème siècle. Son golf. Son centre routier. Son Vival. Sa toute nouvelle boulangerie. Mais, pour les 99% du reste de la population française, Toulon, c'est avant tout Toulon-sur-mer. Sa cathédrale. Son Opéra. Son arsenal militaire. Son maire FN de 1995 à 2001. Son Zénith.... Un Zénith devenu d'ailleurs fort célèbre ces derniers jours en raison du meeting que Nicolas Sarkozy y a tenu...
Pour reprendre l'image que Patrick Poivre d'Arvor a employée l'année dernière pour qualifier le comportement de Nicolas Sarkozy lors de son premier Conseil européen en qualité de Président de la République, on avait vraiment l'impression, lors de ce meeting de Toulon, que Nicolas Sarkozy agissait comme un petit garçon qui découvrait les réalités du capitalisme. Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous, mais quand on se pare des habits du plus capitaliste des capitalistes, du chantre des chantres du capitalisme en France depuis le début des années 2000, on ne peut que rire de Nicolas Sarkozy et de son discours aux accents socialiste voire altermondialiste ! En même temps, si le PS peut récupérer un nouveau militant, ce ne sera pas de trop... On ne sait que dire de son laisser-faire face aux événèments. Depuis son élection à l'Elysée, Nicolas Sarkozy ne s'est évertué qu'à réduire le rôle de l'Etat ce qui a évidemment favorisé le développement du capitalisme et aujourd'hui seulement, il se rend compte de ses erreurs. Incroyable !
Ce qui est encore plus incroyable (si, si, c'est possible !), c'est la façon dont a été traitée l'intervention de Nicolas Sarkozy à Toulon dans le journal gratuit Direct Soir. Pour celles et ceux qui n'ont pas la joie de vivre dans une grande ville, de respirer la pollution, d'être épuisé par l'énervement et le bruit ambiants, Direct Soir est un journal gratuit dépendant du groupe Bolloré (un proche ami de Nicolas Sarkozy), distribué à la sortie des bouches de métro ou dans les arrêts de tramways (par des jeunes gens toujours souriants, aimables et avenants !). J'ai récemment lu dans ce journal (dont je suis un distributeur pour des raisons financières...) l'article qui suit :
Le discours de politique économique prononcé hier soir par Nicolas Sarkozy à Toulon (Var) a suscité de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Ce matin, sur France Inter, Ségolène Royal a dénoncé un "écart insupportable entre le discours et les actes", tandis que Bertrand Delanoë, dans un communiqué, stigmatisait un aveu "d'impuissance". Ce discours de Toulon aura cependant une "portée psychologique pour les Français", estime Stéphane Rozès, directeur général de l'institut CSA. Selon lui, les messages qu'a voulu faire passer le chef de l'Etat sont clairs. Il a montré qu'il "était capitaine du bateau, pragmatique et qu'il incarnait la droite libérale, conservatrice et bonapartiste". Il a saisi les inquiétudes des citoyens à l'égard de la crise financière. "La crise a transformé les craintes individuelles des Français qui durent depuis plus d'une décennie en caintes collectives."
Tout commence bien. On met en avant les réactions d'opposants à Nicolas Sarkozy. Le b.a.-ba du travail journalistique. Et puis, on fait intervenir le directeur général de l'institut CSA, un institut d'enquête d'opinion publique fort célèbre en France. Ce serait, selon la tradition journalistique, l'intervention de l'expert neutre. En bons grammairiens, il ne vous aura pas échappé que j'ai employé le conditionnel présent. "Ce serait" et non "c'est". Pourquoi donc ? Le CSA n'est absolument pas neutre. Depuis le 9 juillet 2008, l'institut CSA appartient à 100% au groupe Boloré, celui-là même à qui appartient Direct Soir... Vous n'êtes pas étonnés alors de constater que Stépahe Rozès encense le discours de N. Sarkozy...après tout, il a raison...son emploi est en jeu ! Sarkozy est le capitaine, Sarkozy est pragmatique, Sarkozy est l'unificateur. On ne peut pas faire mieux dans le domaine de l'éloge ! Mais, le décryptage de l'article ne s'arrête pas là. Une autre surprise attend le lecteur. "Il a saisi les inquiétudes des citoyens à l'égard de la crise financière". Cette phrase a été ajoutée, comme vous le constatez, en plein milieu des propos du directeur général du CSA pour mieux commenter ce que ce commentateur commente déja ! On ne voit cela que dans les journaux gratuits.... Le journaliste, à son tour, afin de lui aussi conserver son emploi, encense Nicolas Sarkozy. Une éloge dans l'éloge. Il suffit donc d'une phrase pour bien saisir la vraie nature de l'article c'est à dire un parti pris pour Nicolas Sarkozy en omettant d'évoquer les contradictions qui s'établissent entre son discours ultra-libéral d'hier et son tournant anti-capitaliste d'aujourd'hui !
Et, d'autres éléments semblent rejoindre la constatation selon laquelle Direct Soir serait l'organe journalistique officieux du Président de la République, de l'UMP et de la non-réflexion. Soit l'information est rapportée de façon à ce qu'elle soit favorable à Sarkozy comme vous venez de le constater, soit l'information est rapportée de façon factuelle, sans aucune tentative d'explication ou d'analyse. En même temps, entre une analyse pro-sarkozy et pas d'analyse du tout, il vaut mieux se féléciter que la seconde prévale le plus souvent possible même si le lecteur peu informé ne pourra pas porter un regard critique sur l'information lue. Mais, à défaut de cela, ce lecteur pourra toujours se délecter de la rubrique "Success stories" qui, sur deux pages, revient sur le succès des fleurons des économies occidentales. On nous conte leurs histoires. A chaque fois, un homme (parti de rien) travaille dur et bâtit de ses mains les bases d'une entreprise qui se développera de façon exponentielle. Que j'aime ce culte de l'individu ! Que j'aime ce culte du travail ! Travaillons durs pour gagner beaucoup ! Flaubert a écrit l'Education sentimentale, Bolloré pourrait publier l'Education libérale (au sens économique du terme !) si l'envie lui prenait de rassembler le best-of de ces success stories !
Eu égard à toutes les remarque que je viens d'écrire, il serait irresponsable de ma part de laisser en l'état la présentation préliminaire que j'ai faite de Direct Soir. Direct Soir n'est pas un journal. C'est tout simplement une feuille de chou dont la vocation principale est de faire du prosélytisme pour l'UMP en jouant sur le subconscient des lecteurs. Enfin bref, mise à part si vous êtes un militant UMP doutant de la réussite de l'action de Sarkozy et que vous souhaitez vous en persuadez, ne lisez en aucun cas Direct Soir ! Lisez plutôt un bon Balzac et espèrons qu'un jour les journaux gratuits ne seront plus qu'un mauvais souvenir....
" Quoi Grand-Père, tu distribuais un journal gratuit ??
- Oui...les temps étaient durs. Il me fallait gagner de quoi financer mes études.
- Mais comment pouvait-on distribuer des milliers de journaux qui devaient être le plus souvent jetés à la poubelle au bout de vingt minutes ? Quel gaspillage de papier ! Quel pollution pour les villes ! Et puis, il ne devait pas être neutre ce journal, non, vu qu'il était gratuit ?
- Oui, certains avaient conscience des limites de notre planète mais, que veux-tu, le capitalisme, lui, croyait que nous vivions dans un monde aux ressources infinies et il ne se préoccupait guère de l'environnement. Et puis oui, ce journal, pur produit donc du capitalisme, véhiculait une idéologie de droite. Il n'y avait aucune analyse de l'information si ce n'est sous un angle pro-UMP... C'était une autre époque. Une époque terrible.
- C'est fou ! Je ne pensais pas que ta génération avait été si autodestructrice... Heureusement, nous, nous avons compris la leçon et on ne laissera plus jamais quicquonque commettre des méfaits aussi graves à l'encontre de la nature et du développement de l'esprit critique. Plus jamais !"