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Marcel Proust

L'or de Blaise Cendrars (1925)

Publié le 10 Août 2008 in Regards sur une oeuvre

"La merveilleuse histoire du Général Johann August Suter". Ce sous-titre doit éclairer votre lanterne quant au contenu de ce roman. Mais, une question doit vous tarauder à présent : qui est donc J.A.Suter ?

A l'âge de 31 ans, Johann August Suter décide de tout quitter. Sa femme ? Baste ! Ses quatre enfants ? Baste ! Sa Suisse natale ? Baste ! Ses déconvenues financières ? ... Baste ! Le voilà parti pour l'Amérique. Si Joe Dassin avait existé, Suter aurait sans nul doute entonné ce petit air fort célèbre :  L'Amérique ! L'Amérique ! Je veux l'avoir et je l'aurai ! Et cela aurait été de circonstance eu égard à son incroyable destinée.  Il débarque donc à New-York, en proie au rêve américain. C'était en 1834, il faisait froid. Il veut réaliser son (modeste..) rêve : devenir l'homme le plus riche du monde.  Cependant, enchaînant des petits travaux sans intérêt pour survivre, il est loin d'être satisfait de sa situation à la Nouvelle Amsterdam. Il comprend assez rapidement que la fortune n'est pas à New-York mais dans l'Ouest. Ni une ni deux, le voici en route pour le Far West ! Après moult dangers et péripéties lors de sa traversée du continent américain, il arrive enfin en Californie. La Ca-li-for-nie, la Ca-li-for-nie (aurait-il pu chanter à l'instar de Julien Clerc !). La terre promise pour Johann August ! Et, à peine est-il sur place qu'il commence à mettre sur pied son projet. Il va créer la Nouvelle Helvétie, une très vaste exploitation agricole. C'est une belle idée mais difficile en est la concrétisation tellement la Californie est à l'époque une suite de cours d'eau sauvages, de marécages endiablés et de plaines à la végétation indomptée. Mais, le jeu en vaut la chandelle.  En quelques années, après un dur labeur, il arrive à mettre en culture, avec l'aide de brigands fuyant la vieille Europe et d'esclaves canaques, une vaste surface qui lui permet de devenir l'homme le plus riche du monde et également le plus grand propriétaire terrien des Etats-Unis ! Incredible, isn't it ? Comme quoi, quand on veut, on peut ! Et, vous pouvez vous l'imaginer, cette réussite attire de nombreux colons. La Californie est en train de naître. Toutefois, un incident impromptu va accélérer ce boom démographique mais surtout va accélèrer le déclin de Johann... Un de ses adjoints découvre de l'or en Nouvelle Helvétie. Horreur ! Malheur ! La nouvelle fait le tour du monde. Les colons fuient les champs, les moulins, les forges et les élevages pour se consacrer exclusivement à la recherche de filons d'or. La Nouvelle-Helvétie tombe en ruine. Johann August Suter est désemparé. Il tente de sauver tout ce qu'il peut mais rien ne peut résister à la fièvre de l'or. Rien. L'or l'a ruiné. San Francisco, le ville de tous les pêchés, croît de jour en jour tandis que les rêves de Suter s'écroulent toujours plus à mesure que les jours passent. Pauvre Suter, mérite-t-il une telle punition, lui qui a tout de même rendu la terre californienne vivable ? Johann August entreprend d'intenter un procès contre tous ces nouveaux colons qui occupent ses terres sans permission. Il a de la ressource ! Evidemment, les colons ne l'entendent pas de cette oreille. Quelques jours après l'avoir pourtant célébré à San Francisco comme le père de la Californie et l'avoir nommé Général, ils font brûler son ranch. Le Général Suter fait appel à une pléthore d'avocats-escrocs qui vont le dépouiller sans l'aider le moins du monde. Suter s'en va alors à Washington plaider sa cause auprès de la Cour Suprême et du Congrés. C'est peine perdue. Aucun jugement ne sera rendu. Il meurt sur les marches du Capitole, le 17 juin 1880. Il était 15h.


Blaise Cendrars, sans doute inspiré par la légende de Roland et du col de Ronceveaux que tout écolier français connaît au moins de nom, nous livre une biographie romancée, que dis-je,  la légende épique de Johann August Suter ! Ce dernier a vraiment existé. Il est évident que Blaise Cendrars ne nous livre pas une biographie historique. Un écrivain n'est point historien. Nombreux sont les détails qui relèvent de la légende et ce pour le plus grand bonheur du lecteur ! Ce livre et surtout la manière dont B. Cendrars aborde la biographie du Général Suter me font penser aux biographies que l'écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) a écrites et notamment à celle d'Amerigo Vespucci (cet Italien, qui n'a joué aucun grand rôle dans la découverte de l'Amérique, a donné malgré tout son nom à ce continent !). Ces deux écrivains contemporains l'un de l'autre semblent nourrir une même passion pour le destin d'hommes que l'Histoire a oubliés mais qui pourtant ont laissé des traces qui demeurent. Il y a pourtant quelques différences à noter. Là où Blaise Cendrars dévoile ses talents de conteur et sa maîtrise du suspens, Stefan Zweig préfère utiliser un style plus académique, plus historien même si cela ne l'empêche pas d'écrire des récits à teneur romanesque d'une très grande qualité. Alors, que dire si ce n'est vous encourager à lire ce roman qui vous séduira. D'une part, le destin inconnu du Père fondateur de la Californie ne vous laissera pas indifférent et, d'autre part, le style de Blaise Cendrars ne pourra que vous plaire !

Bonne lecture !

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