"Les cachets, le wiskhy, l'herbe." C'est par cette phrase que commence le roman. Le décor est planté. Le 8 mai 2001, Jérémy a vingt ans. Il
aime à la folie son amie d'enfance, la belle Victoria. Mais, cette dernière ne le voit que comme un bon ami, rien de plus. Jérémy est désespéré. Après s'en être pris à Dieu, lui reprochant
d'avoir tout fait pour gâcher sa vie qu'il aimait tant au demeurant, il se suicide.
Un an plus tard, il se réveille dans une chambre inconnue. Victoria est auprès de lui. Ils font l'amour. Est-ce le paradis ? Et pourtant non, il est bel et bien vivant. Il n'en revient pas. Il ne
se souvient que des années précédant son suicide. Il n'a aucun souvenir de l'année qui vient de s'écouler. C'est alors qu'il apprend que Victoria l'a sauvé. Elle s'est occupée de lui lors de sa
convalescence. Ils sont devenus amants. Mais, pourquoi diantre ne se souvient-il de rien ? Quelques heures plus tard, il sombre dans un sommeil profond. Juste avant de s'endormir, il a une vision
: un vieil homme à barbe blanche récite le kaddisch, la prière des morts dans la religion juive.
Deux ans plus tard, le 8 mai 2004, Jérémy émerge de nouveau. Encore une fois, il n'a aucun souvenir des deux ans passés. Il apprends qu'il a un fils, Thomas, et aussi qu'il s'est marié avec
Victoria. Il ne comprend pas. Il ne comprend rien. Est-il amnésique ? De nouveau, il se rendort dans d'atroces souffrances, le vieil homme à barbe blanche auprès de lui.
C'est ainsi qu'il se réveille sporadiquement, le jour de son anniversaire mais toujours à des années d'intervalle. Très vite, il comprend qu'il y a deux personnes en lui. D'un part,
celui qui habite son corps au quotidien, celui qui bat Victoria et qui la trompe, celui qui ignore ses deux fils, celui qui aime à manipuler ses proches, celui qui est prêt à tout pour gagner de
l'argent, celui qui n'a aucun remords et, d'autre part, celui qui émerge très rarement, de manière impromptue, celui qui est resté à l'âge de 20 ans, celui qui est doux, calme, réservé,
celui qui est un bon fils, un mari aimant et un père exemplaire. Très vite, le bon Jérémy se rend compte, impuissant, du malheur que son autre lui-même répand autour de lui. Il est désemparé et
horrifié.
Alors, me direz-vous, ce Jérémy a de vraies ressemblances avec un certain Horla de Maupassant. On pourrait même aller jusqu'à comparer Jérémy avec un personnage kafkaïen. N'ayons pas
peur des mots, ce roman a tout d'un roman fantastique digne des plus grands maîtres en la matière. Cependant, je ne vous cacherai pas que j'ai ouvert ce livre avec une certaine appréhension. Cela
semblait être l'histoire banale d'un jeune homme qui se suicide et qui (vu le titre du roman) devait réaliser depuis les cieux à quel point la vie -sa vie- à laquelle il avait fait le choix
de tourner le dos devait être formidable et emprunte de joie et de bonheur. Mais, il n'en est rien. Bien au contraire, ce roman apporte un autre regard sur le suicide. Je n'avais pas
particulièrement aimé Le magasin des suicides
de Jean Teulé. L'originalité n'était pas vraiment au rendez-vous tandis que le roman de Thierry Cohen tente de nous apporter une réponse à une question que d'aucuns se posent
face à un suicide : qu'en pense Dieu ? Quelque soit la religion, le suicide est condamné. Dieu nous fait don de la vie, à nous de nous en satisfaire. Comme je vous l'ai dévoilé, le jeune
Jérémy a fait le choix de renier ce présent divin. Dieu lui en veut et décide de le punir. Comment ? Dieu change la personnalité de Jérémy. Ce dernier devient tout l'inverse de ce qu'il fut avant
son suicide. Et la pire des punitions est évidemment de montrer de temps à autre à ce Jérémy tendre et calme les malheurs et les souffrances dont son autre personnalité est à l'origine. De
quoi vous dissuader à jamais de tenter de vous suicider.
Un roman très convaincant.