Aimez-vous le cynisme ? Si votre réponse est affirmative, lisez ce livre !
Ecrite en 1958 par Georges Arnaud, l'auteur notamment du roman à grand succès Le salaire de la peur (si vous ne connaissez pas le livre, vous
devez certainement connaître l'adaptation cinématographique (Ours d'or à Berlin et Palme d'or à Cannes en 1953, rien que cela...!) avec comme acteur vedette Yves Montand alias Mario, l'un des
deux conducteurs des deux camions composant un convoi de nitroglycérine qui roule à travers l'Amérique du sud.), cette pièces de théâtre en trois actes se déroule en 1944. Elle met en scène le
Maréchal P... (que vous aurez sûrement reconnu !) et les ministres du Gouvernement de Vichy....enfin de Dijon. Pourquoi Dijon ? Et bien parce que l'Etat français ne se sent plus en sécurité à
Vichy. Mais d'ailleurs, qui compose ce Gouvernement ? Il y a d'abord Loumier, le Président du Conseil des Ministres, collaborateur de la tête aux pieds tout comme ses Ministres, le Général
Warlinger (Ministre de la Guerre et des Cérémonies), Bachoux (Ministre du Scoutisme et du Folklore) et José-Joseph (de son prénom Jean-François, Ministre des Hautes oeuvres) auxquels
s'ajoute l'Amiral de la flotte Tellières. Evidemment toute coïncidence avec des personnes ayant vraiment existé serait fortuite... Nous voici donc au première loge du Conseil des Ministres
de ce Gouvernement totalitaire et antisémite. Une illustration ?
Première réplique de la pièce : MARECHAL P..., dictant - "Article premier : il est interdit
d'être juif." Le ton est donné.
Tout au long de la pièce, chaque Ministre y va de sa remarque ironique pour évoquer le tragique de la situation. Après des insurrections qui ont eu lieu à Paris et qui ont poussé l'Ambassadeur de
France à Paris (!) à se retrancher à Dijon et les Ministres, déçus, apprenant que la police parisienne a aidé les résistants, je vous laisse savourer ces trois répliques :
WARLINGER, amer - Un brigadier-cycliste avait le pas sur le colonel !
BACHOUX - Un inspecteur principal sur un membre de l'Institut...
JOSE-JOSEPH - Et un simple indicateur sur tous les médaillés militaires...
Voilà un bon résumé de ce qu'est un Etat policier !
Concernant l'intrigue, le Maréchal et ses Ministres doivent d'abord faire face à la prise d'otages civils par les Allemands pour répondre aux troubles parisiens. Au final, 110 otages sont
condamnés à mort. Le Maréchal P... décide alors, non par pitié mais par prestige, de faire don de sa personne (ce ne fera jamais qu'une fois de plus...!). Il préfère se faire tuer que de voir les
otages exécutés. Loumier est immédiatement affolé ! Si le vieux meurt avant la défaite allemande, il est certain que tout son Gouvernement sera pendu. Cependant, si le Maréchal P... survit, il
répondra de ses actes et personne n'osera le passer par les armes étant donné son âge plus qu'avancé. Justice oblige, les autres collaborateurs ne seront donc jamais tués. Laumier sauve in
extremis la peau du Maréchal et donc la sienne par la même occasion... Il n'en demeure pas moins que l'affaire des otages n'est pas finie, loin delà ! Pourquoi ne pas exécuter des Juifs à la
place de citoyens français ? Problème : le Ministère des Hautes Oeuvres a tellement été efficace en 4 ans qu'il n'y a plus 110 Juifs en vie... Toutefois, sur avis d'un de ses plus
fervents partisans, le Maréchal P... décide que ce sont les miliciens français qui exécuteront les otages. Le prestige est sauf... Mais, c'était sans compter sur la visite du Maréchal Goering que
cette manoeuvre a énervé. Il a décidé de tuer 110 otages de plus. Et Pétain, tremblant et craintif face à ce ponte du régime nazi, lui en offre 110 supplémentaires... Soit 330 otages exécutés
!
En marge de cette intrigue principale, il est aussi question de transférer les cendres de Napoléon ainsi que celles de l'Aiglon à Berlin pour contenter Hitler. Mais, il y a un petit
contre-temps... Warlinger n'arrive plus à retrouver les cendres de l'Aiglon...
JOSE-JOSEPH, haussant les épaules entre ses dents - Celles-là ou d'autres, des cendres, c'est quand même pas ce qui manque.
Vous verrez aussi José-Joseph abuser de la situation. La femme d'un des otages vient demander la grâce au Maréchal P... . José-Joseph sait que son mari est déjà mort mais il lui fait croire
que si elle couche avec lui, la vie de son mari sera sauve...
De plus, vous ferez connaissance avec deux Waffen-SS qui ont une étrange particularité : l'un parle en argot parisien et l'autre en provençal ! Autant vous dire que cela fait sourire...
Et, en exclusivité, vous assisterez également au début des confessions du Maréchal P...
LE CARDINAL - Découvrez-vous, mon fils
MARECHAL P... - Confiteor Deo Omnipotenti, Beatae Mariae semper virginae... (La suite est marmonnée de façon indistincte) ... Mea culpa, mea maxima culpa ... (Un temps) Mon
père, je m'accuse d'avoir été gourmand.
Court silence.
LE CARDINAL - Ego te absolvo...
Bref, cette pièce met en scène une belle brochette d'ordures qui ont bien conscience de ce qu'ils font. Vous ne pourrez pas vous empêcher de sourire à certaines répliques. Georges Arnaud tourne
en dérision le Gouvernement de Pétain. Et souvent, c'est par le rire que l'on arrive à dénoncer ce que l'Humanité a produit de pire... C'est très efficace, je vous assure. N'hésitez pas à voir ou
lire cette pièce !
Une dernière petite réplique pour faire rire les Auvergnats (et les commnunistes par la même occasion !) ...
GIVORS (Ambassadeur de France à Paris) - Je gagnai Moulins en notable de sous-préfecture,
Clermont-Ferrand en cultivateur et Cusset en épicier en gros. Là, des amis voulaient m'habiller en ouvrier.
BACHOUX, choqué - Oh !
GIVORS, vivement, rassurant - Je refusai, et, jouant mon va-tout, j'arrivai à Vichy en Père Blanc.
(Pour celles et ceux qui ne voient que choquant la critique envers l'ouvrier prétendu communiste et qu'excellent le florilège des déguisements correspondants aux piliers du régime de Vichy, il
faut aussi que vous sachiez que passer par Clermont pour aller de Moulins à Vichy, c'est comme passer par Lyon pour aller de Lille à Paris...!)
Bonne lecture !