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Marcel Proust

Pourquoi lire ? Raison n°18 : fuir le destin

Publié le 3 Juillet 2008 in Pourquoi lire

Vendredi 6 juin 2008, 20h.
Berliner Philharmoniker, Berlin.
J'assistais pour la première fois (et pas la dernière, croyez-moi !) à un concert de l'un des plus prestigieux orchestre au monde (après le Gewandhaus Orchester de Leipzig évidemment...j'en connais un qui doit faire la grimace face à son écran....!). Assis à ma place, sur le podium (derrière l'orchestre), je ne pouvais m'empêcher d'être littéralement subjugué par la grandeur de la salle. Elle doit au moins contenir deux mille places. Et, c'est lors de cette observation de la salle qu'un couple, assis juste derrière moi, engagea la discussion. Ils m'expliquèrent qu'ils étaient des touristes australiens en week-end à Berlin. L'homme était professeur de chimie en Bavière. Jusque-là, rien d'exceptionnel. Mais, remarquant que j'étais français, il m'apprit qu'il avait enseigné en France pendant plus de vingt ans. Dans quelle université ? Celle de Clermont-Ferrand ! Je n'en revenais pas ! Mais je n'étais pas au bout de mes surprises... Lorsque je lui ai dit que j'étais originaire d'Auvergne, il s'enquérit de ma ville natale.

"Moulins ? Mais nous connaissons très bien Moulins ! Nous y sommes passés plusieurs fois !"

Je vous demande de bien comprendre ce qui s'est passé ce soir-là. J'étais à Berlin. Je rencontre deux Australiens qui connaissent Moulins. INCROYABLE ! Vous-mêmes, savez-vous où se trouve Moulins ? Non sûrement. Vous comprenez encore plus ma surprise alors... Ce soir-là, j'ai dû rencontré les rares citoyens australiens qui sont venus jusqu'à Moulins !
A la fin de notre discussion, je me mis à lire plus précisément le programme du concert. La deuxième partie a tout particulièrement attiré mon attention. Il s'agissait des Folk songs de Luciano Berio, un compositeur contemporain. Parmi ces Folk songs, deux étaient chantées en ...... auvergnat !! J'y ai regardé à deux fois avant de faire remarquer à mon interlocuteur australien que ce soir la Philharmonie de Berlin allait en quelque sorte nous faire un clin d'oeil. Lui aussi était stupéfait. Il m'avouait qu'il n'avait jamais écouté de chanson en auvergnat auparavant. Je m'empressais de lui avouer qu'il en était de même pour moi ! Assiter à un concert à Berlin et écouter des chansons en auvergnat, c'est un comble, non ?

Les musiciens arrêtèrent de répéter, la lumière déclina dans la salle pour seulement éclairer l'orchestre. Je n'arrêtais pas de penser aux deux coïncidences que je venais de vivre coup sur coup. Mais je ne vous ai pas encore livré le fin mot de l'histoire : je me suis décidé au dernier moment pour aller assister à ce concert, rien n'était prévu à l'avance ; normalement, je n'aurais pas dû rester à Berlin ce vendredi soir-là. 

Le hasard n'existe pas.


Samedi 21 juin 2008, 19h45.
Banhof Neustadt, Dresden.

La canicule régnait toujours, malgré l'heure tardive, sur la cité de Dresde. De retour de Görlitz, j'attendais un train en gare de Neustadt pour revenir à Leipzig. J'avais une demie-heure d'attente que j'ai passée assis sur un banc situé sur la petite place devant la gare. Sur le banc voisin, quatre néo-nazis étaient assis avec deux packs de bières en guise de provision. Cela fait toujours peur de voir des néo-nazis. Surtout en Allemagne. Mais bref, je discutais avec des amis quand soudain un jeune homme à l'allure familière vint à passer devant la gare. Je le reconnus immédiatement. Il s'agissait du seul étudiant Erasmus, originaire de la même Ecole que moi à Lyon, qui avait décidé d'étudier un an à Dresde. Autant vous dire que nous fûmes tous deux très surpris de cette rencontre impromptue devant cette gare allemande. Nous ne nous étions pas revus depuis plus de dix mois ! A votre avis qu'elle était la probabilité que nous nous rencontriions devant cette gare ce soir-là ? Infime, n'est-ce pas ! Imaginez-vous, c'est la seule personne que je connaisse à Dresde (sur plus de cinq cents mille habitants !) ! Et je ne suis resté qu'à peine une demie-heure dans cette ville ! INCROYABLE !

Le hasard n'existe pas.


Et ces deux exemples ne sont qu'une petite partie de ces coïncidences qui se produisent si souvent. Vous devez aussi, j'en suis certain, avoir votre lot de coïncidences plus bizarres les unes que les autres. Nous avons alors l'impression - et ce à juste titre - que nos actions ne sont pas si anodines que cela. Elles ne sont que l'expression du destin, du moins elles nous paraissent comme tel. Tout semble être déjà écrit. Tous nos actes semblent être dirigés dans un même sens, vers notre destin. Nous nous sentons alors prisonnier. Et que l'on me parle de liberté et de libéralisme après ! Nous aurons beau nous débattre, rien n'y fera, notre route est déjà tracée. Cette route, d'apparence inéluctable, peut nous mener au jardin d'Eden comme aux Champs Elysées. Il ne nous reste qu'à nous laisser aller. Etrange sensation...

Une seule solution pour tenter d'oublier notre destin : lire !



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L
Nous n'avons donc qu'un seul camarade à Dresde? Je pensais qu'il y en avait 2...
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