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Marcel Proust

Antigone de Jean Anouilh (1942)

Publié le 27 Mai 2008 par thomas in Regards sur une oeuvre

Vente de livres d'occasion à l'Université de Leipzig.
Un petit livre rouge attire mon attention (pour les esprits communistes enthousiasmés et les esprits capitalistes indignés, non, ce n'est pas le livre de Mao !). Il s'agit de la version bilingue d'Antigone de Jean Anouilh aux éditions Reclam ; un livre tout aussi intéressant, si ce n'est plus, que l'oeuvre du Grand Timonier. Antigone ? Je me souviens l'avoir lu au collège mais mon souvenir est fort lointain. J'ai besoin d'un petit rafraîchissement de mémoire... Me voici propriétaire de ce livre que je m'empresse de dévorer à la lueur d'une bougie !

L'histoire contée dans cette pièce de théâtre est, en soi, simple. Au temps de la Grèce antique, Antigone, jeune fille, âgée de vingt ans, laide et entêtée , décida de braver la loi de Créon, roi de Thèbes, son oncle.
En effet, l'ancien roi de la cité, Oedipe, a laissé son royaume à ses deux fils, Etéocle et Polynice, qui devaient régner par alternance sur Thèbes. Mais, ceux-ci s'étant entre-tués, Créon devint roi. Il lui incomba la charge de procéder à l'enterrement des deux fils. Alors qu'Etéocle eut le droit à des obsèques royaux, Polynice n'eut le droit à aucun honneur funéraire, son cadavre fut laissé à découvert pour le plus grand plaisir des corbeaux. Ce dernier, en effet, avait formenter un complot contre Thèbes. Pour faire respecter cette décision, Créon ordonna que quicquonque essaierait d'enterrer Polynice se verrait infliger le châtiment suprême : la mort. Mais, Antigone ne put se résoudre à un tel ordre étant donné que Polynice n'était autre que son frère. Elle a donc pris la décision de contrevenir à la loi dictée par Créon. En pleine nuit, elle se rendit aux abords de la dépouille de son frère et tenta de la recouvrir de terre, la présence de garde ne l'empêchant pas de mener à bien sa mission. S'en suit une fin tragique.

Le théme prépondérant est le refus de l'ordre établi.
Antigone dit "non" à la loi des hommes qui est en contradiction avec la loi divine, la loi morale. Selon elle, Créon, en devenant roi, est celui qui dit "oui", qui ne se rebelle pas devant des ordres absurdes. Il est emmuré dans le pouvoir. Il doit faire règner l'ordre. Dans cette perspective, on ne peut s'empêcher d'établir une comparaison entre, d'une part, Créon et Pétain, et, d'autre part, entre Antigone et la Résistance. Cette comparaison est d'ailleurs confirmée par la génèse de cette pièce. En effet, Jean Anouilh a été profondément marqué par l'acte de résistance de Paul Collette. Ce jeune homme a tiré sur un groupe de dirigeants, au début de l'Occupation, lors d'un meeting de collaborationnistes de la L.V.F. (Ligue des Volontaires Français), blessant Pierre Laval et Marcel Déat. Son geste parut isolé et gratuit : un acte héroïque pour refuser le nouvel ordre qui se mettait en place. Cette attitude lui rappelant l'Antigone de Sophocle (tragédie classique), Jean Anouilh décida d'en rédiger une nouvelle version.
Mais outre, cet aspect contemporain à l'oeuvre, l'histoire d'Antigone a une portée plus large. Antigone représente aussi la jeunesse qui refuse de suivre le modèle des adultes, qui préfère vivre dans un monde où tout lui paraît en mesure de se réaliser, un monde en dehors de la réalité. C'est d'ailleurs par suicide qu'est morte Antigone puisque Créon lui avait pardonné d'avoir bravé sa loi mais il a bien senti qu'Antigone souhaitait mourir coûte que coûte. Elle refusait de grandir même si elle s'est rendue compte trop tard que rien ne valait la vie...

Jean Anouilh a donc revisité le personnage d'Antigone à la lueur des évènements qui ont bouleversé la France des années noires, la France du gouvernement de Pétain. L'Antigone de Jean Anouilh est le fruit de la judicieuse combinaison de réminiscences d'un texte antique et d'un évènement contemporain. A noter que le personnage tragique de l'Antigone de Sophocle était le roi Créon alors que dans cette oeuvre, c'est Antigone, ce qui déplut aux Résistants étant donné le pessimisme véhiculé par la pièce en des temps qui appelaient une certaine dose d'espèrance en un autre avenir possible pour la patrie.
Et, c'est un plaisir de lire cette tragédie antique aux accents du XXème siécle. Comment s'appellent les collègues du garde Jonas ? Ne cherchez pas des noms aux suffixes -ios ou -as ! Boudousse, Durand et Flanchard apportent du présent un souffle drolatique dans le passé. Que dire aussi des insultes telles "Bon Dieu" ! Jean Anouilh réussit à composer une tragédie qui ne perd rien de la force de celle de Sophocle tout en y apportant une légèreté très agréable.

A lire ...ou à voir sur scène !

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L
<br /> Si il y a une pièce de théâtre à lire, c'est forcément celle-ci. Antigone de Anouilh est absolument magnifique !<br /> <br /> Je viens d'ailleurs de poster mon avis sur cette oeuvre sur mon blog...<br /> <br /> <br /> Joli article, je reviendrais ;)<br /> <br /> Bonne continuation !!<br /> <br /> <br />
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.
Décidément...moi je ne l'ai pas acheté mais vu sur un étal à la fac de Berlin...!
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A
JE L'AI ACHETE AUSSI ! le petit livre rouge ... dans une vieille librairie de la vieille ville. Il côtoie sagement "Parie en Poesie" dans la même collection sur le haut de mon étagère... Et je ne l'ai toujours pas ouvert mais là j'ai envie!
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T
<br /> Bonne lecture alors !<br /> <br /> <br />
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