"Arschloch !" est une insulte allemande (traduction française : trou du cul) que je garde souvent au fond de moi-même, politesse oblige, mais que je ne vais
pas tarder à ne plus réprimer étant donné l'énervement - et l'indignation - que me cause la traversée de la Käthe-Kollwitz-Strasse (traduction française : rue Catherine Blaguedechou
!) à Leipzig.
Saviez-vous que les Allemands sont hypocrites ? Pas autant que nous, c'est certain mais tout de même, ils n'ont pas matière à critique en ce qui nous concerne.
Je ne vous étonnerai pas si je vous avoue que vous ne trouverez pas nation plus respectueuse des règles (même si le bien fondé de certaines peut être contesté) que la nation allemande. Un exemple
? Au hasard - tout à fait au hasard... - la traversée des rues. Là où vous avez le bonheur d'avoir un passage pour piétons, personne n'osera traverser tant que l'Ampelmann n'est pas
vert.

Jeune fou, jeune folle, traverse quand l'Ampelmann est rouge, ton comportement sera unanimement condamné par le jury éphémère situé de part et d'autre de la Zebrastrasse (passage piéton). Regard
noir. Exaspération de te voir ainsi jouer ton Antigone en bravant les règles établies. Tu auras même le droit, si tu es chanceux, à des réflexions fort sympathiques... Et oui, les Allemands
peuvent rester cinq minutes à attendre alors qu'aucune voiture n'est passée... C'est beau de voir des personnes respecter à ce point le code urbain. Les larmes m'en viennent à l'oeil...
Mais, jeune fou, jeune folle, n'aie pas honte et sois fier de ta bravoure et de ton bon sens. Pour ta défense, tu peux, en effet, citer l'exemple de la traversée de la Käthe-Kollwitz-Strasse
quand tu remontes la Gottschedstrasse.
Pour cette traversée, aucun passage pour piétons, et pourtant...et pourtant ! La Käthe-Kollwitz-Strasse est l'un des plus grands axes routiers à l'intérieur de Leipzig. La circulation automobile
y est presque incessante. Et, voulez-vous savoir ce qui est le plus risible ? Vu que nous sommes en présence d'une ligne droite, les automobilistes n'hésitent pas à rouler à toute allure... Donc,
résumons la situation : aucun passage piétons pour traverser une des rues les plus dangereuses de Leipzig ! Après l'épisode du passage pour piétons, je te comprends, jeune fou, jeune folle. Tu as
envie de faire remarquer à tes congénères l'absurdité du code urbain... Ils peuvent toujours attendre que l'Ampelmann devienne vert...! Mais, malheureusement, ton humeur n'est pas à l'ironie. Tu
tiens d'abord à sauver ta peau ! Pourquoi ? Parce que les automobilistes ne te font pas de cadeau ! S'ils avaient le droit de t'écraser, sois sûr(e) qu'ils le feraient sans aucun remords. Tu
essaies, tant bien que mal, de traverser. Te voilà transformé(e) en un Indiana Jones citadin. Tatatatatatataaaaaaaaaaaa ! Ouf ! Tu viens d'arriver au milieu de la rue en évitant les Mercèdes
et BMW roulant comme des fous. Mais tu n'es qu'à mi-chemin. Attention !! As-tu oublié que le tramway passe en plein milieu de cette rue ?!! Ne t'attarde donc pas au milieu, tu serais écrasé par
le tram. Il te faut donc continuer coûte que coûte et passer au plus vite la deuxième voie, toujours à tes risques et périls. Tu es arrivé(e) sur le trottoir sain et sauf ? Bravo ! Mais que
penser de cette femme avec sa poussette qui tente de traverser la rue ? Les automibilistes n'ont aucune pitié. Continue ta route, tu ne peux rien faire.
Allemand, ris bien de la conduite des italiens ou des français...tu ne conduis guère mieux !
Redevenons sérieux. La traversée de cette rue est vraiment très dangereuse. Encore hier, j'ai vu une femme et son enfant se faire frôler par une voiture, ils ont été obligés de courir comme des
réfugiés fuyant les bombardements... Cette situation est des plus indignes. Que m'inspire-t-elle ? D'une part, une haine pour l'hypocrisie allemande que j'ai déjà détaillée et, d'autre part, une
haine pour les automobilistes irresponsables. J'ai envie de dire à chacun de ces fous du volant de respecter les piétons. J'ai envie de dire à tous ces obèses au volant de marcher un peu, cela
leur ferait du bien. J'ai envie de leur dire qu'ils ne sont que des larves aux besoins de reconnaisance et de supériorité primaire jamais satisfaits et que ce n'est pas la faute des piétons s'ils
sont minables, si leurs vies sont minables. J'ai envie de faire brûler les voitures. J'ai envie que la révolution verte se mette en marche afin d'envoyer tous ces fléaux à quatre roues à la
casse. Aujourd'hui, les automobilistes se plaignent de la montée des prix du carburant. Et bien, j'espère, pour ma part, que le prix du pétrole va continuer son ascension spectaculaire même si
les vrais fléaux sont plutôt les conducteurs de Mercédes ou de BMW que même le prix élevé du carburant n'arrêtera pas... Alors, j'ai de nouveau envie de faire brûler les grosses cylindrées et de
tourner autour en jouant de la flûte ! Ah quel extase ce serait !
Merci d'avoir lu cette confession. Me voici soulagé. J'avais besoin d'exprimer ma colère qui me paraît saine. Cela fait vraiment du bien !
Je vous laisse méditer sur tout cela. En ce qui me concerne, je préfère oublier la folie qui règne sur la route et dans les rues le temps de la lecture de quelques pages de
Proust...