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Marcel Proust

Journée d'un opritchnik de Vladimir Sorokine (2006)

Publié le 25 Mai 2008 par thomas in Regards sur une oeuvre

Que diriez-vous de suivre le quotidien de Komiaga, opritchnik de son état ? Opritchnik ? Pardon, je vais trop vite en besogne. Il s'agit d'un membre de l'Opritchnina (ce qui ne vous avance guère...!). Opritchnina ? Mais voyons, ce n'est autre que la police politique qui fit règner la terreur sur la population russe sous le règne du non moins célèbre et non moins sanguinaire Tsar Ivan le Terrible, au XVIème siècle !



Mais l'originalité de l'histoire contée dans ce roman réside en le fait que ce Komiaga déambule dans les rues d'un Moscou futuriste puisque sa journée décrite fait partie intégrante des 365 journées qui composent l'an de grâce...2028 ! Autant vous dire que la Science a fait de nombreux progrès ce qui permet à Komiaga et à ses acolytes d'infliger de pires souffrances que ne le firent leurs ancêtres même si les viols et certains meurtres ont traversés les siècles sans aucune modification dans le procédé... 
Ainsi, nous sommes en présence de membres d'un KGB nouvelle génération à cela près que la Russie est redevenue la Sainte-Russie. Autocratie totalitariste. Foi immodérée en le Christ. Haine de l'Occident et du communisme. Corruption à tous les échelons de l'Etat. Doit-on y voir les signes d'une critique des dérives de Poutine ? Bien sûr que non...

Komiaga s'acquitte donc de sa tâche de fonctionnaire consciencieux. Tout ce qu'il fait, il le fait pour le bien de l'Etat, pour le bien du nouveau Tsar. Il ne connaît pas le remords. Komiaga serait-il le descendant spirituel d'un certain Rudolf Hoess ? Aucun doute. L'entreprise littéraire de Vladimir Sorokine rejoint celle de Robert Merle
(cf. article sur La mort est mon métier) dans la description d'un homme qui se croit innoncent malgré les crimes qu'il commet à longueur de journée. Quel crimes d'ailleurs ? Viol, meurtres, malversation, intimidation et acte de censure. Bref, la vie rêvée des anges... Cela ne l'empêche non seulement pas d'aller prier, mais aussi de se divertir et de jouir au cours de grandes orgies organisées par le chef des opritchniks...des orgies bien particulières d'ailleurs...(je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même le déroulement de ces fêtes entre bourreaux...!)

Ce roman est avant tout une sévère mise en garde de ce que peut être l'avenir de la Russie c'est à dire une résurgence de ce qui fut le pire combiné aux avancées technologiques du XXIème siècle. Pour être clair, l'avenir de la Russie serait son passé le pire. Trouvez plus pessimiste, je vous fais roi ! Il est alors aisé de comprendre pourquoi l'oeuvre de Vladimir Sorokine - qui a déclaré qu' "en Occident, être écrivain est une profession, chez nous, c'est un travail de sape : l'écrivain sape les fondements de l'État"- est très décriée par le pouvoir russe. Et outre cet aspect de dénonciation, le lecteur éprouve un véritable plaisir à lire ce roman. L'écriture de Sorokine est un flux continu que rien ne semble pouvoir arrêté. Sorokine est impitoyable. Le rythme est tout simplement diabolique. Une merveille !

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