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Marcel Proust

L'honneur perdu de Katharina Blum d'Heinrich Böll (1974)

Publié le 30 Novembre 2008 in Regards sur une oeuvre

L'action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables.

 

Voilà le décor planté ! Dès les premières lignes de ce roman, en effet, le lecteur est averti que L'honneur perdu de Katharina Blum n'est autre qu'une vive satire du tabloïd allemand Bild.

 

L'histoire est simple et vite connue.

Le mercredi 20 février 1974, Katharina Blum est une respectable gouvernante officiant dans plusieurs familles bourgeoises de Cologne telles que la famille de l'avocat Blorna par exemple. Elle est calme, soigneuse, prude et réservée. On ne tarrit pas d'éloges à son endroit.

Le dimanche 24 février, Katharina Blum se rend coupable d'un meurtre, celui du journaliste Werner Tötges.

 

Que s'est-il donc passé entre-temps pour faire d'un ange un démon ?

 

Le mercredi soir, Katharina est invitée à une petite sauterie chez sa marraine, Else Woltersheim. Elle y rencontre Ludwig Götten avec qui elle danse puis passe toute la nuit chez elle.

Le jeudi matin, elle est réveillée par des policiers qui recherchent activement le dénommé Götten, un criminel notoire. Mais, il semblerait que Ludwig Götten ait réussi à s'enfuir plus tôt dans la matinée, malgré la surveillance policère dont l'immeuble de Katharina Blum a fait l'objet depuis que Götten en a franchi la porte d'entrée la nuit passée. Katharina est arrêtée sur-le-champ et est soupçonnée d'avoir favorisé la fuite de Götten. S'en suit un interrogatoire au commissariat.

Katharina Blum nie être une complice de Götten. Elle affirme que leur première rencontre remonte seulement à la veille, à la fête chez sa marraine. Katharina n'avait jamais vu Götten auparavant. Cependant, elle avoue son amour pour Ludwig. Il y aurait eu comme un coup de foudre entre son "Ludwig adoré" et elle. Très vite, les enquêteurs scrutent le moindre détail de la vie de Katharina c'est à dire le moindre contact dans son carnet d'adresse, la moindre de ses dépenses, la moindre de ses visites, le moindre de ses coups de téléphones et caetera. Sa vie est passée au peigne fin. 

Et, dans ce contexte, un détail a vite fait d'être équivoque et prêter à commentaires.

Katharina se dit prude mais cela ne l'empêcherait pas, aux dires de certains de ses voisins, de recevoir assez régulièrement un étrange "visiteur". Les policiers peuvent-ils vraiment s'empêcher de soupçonner que ce mystérieux visiteur soit en fait Götten ? Mais alors, ils oublient qu'il est somme toute normal pour une jeune fille en fleurs de recevoir sporadiquement des amants à son domicile...

Et pourquoi sa consommation d'essence était-elle si importante ? Pourquoi cette femme a priori sans histoire jusqu'à ce jour roule-t-elle autant ? Cela semble dévoiler la face cachée de Katharina. Où va-t-elle donc ? Au repère de son bandit d'amant ? Encore une fois, les enquêteurs oublient qu'une femme peut avoir tout simplement envie de rouler des heures durant sans réel but, juste pour fuir son quotidien trop ennuyeux...

Mais, LE JOURNAL, (DIE ZEITUNG), lui, arrête la retranscription des faits aux soupçons et suppositions, souvent farfelues, des policiers en faisant de ces soupçons et de ces suppositions des vérités intangibles. Et, parfois, LE JOURNAL va même plus loin. Autant le dire tout de suite, LE JOURNAL fait dans le sensationnel et il en fait d'ailleurs ses choux gras. Katharina reçoit à plusieurs reprises un visiteur inconnu ? C'est une traînée ! Katharina parcourt de nombreux kilomètres avec sa voiture ? C'est une virulente criminelle ! Et, fort d'un travail d'investigation poussé (...!), les journalistes du JOURNAL jugent Katharina et font d'elle une criminelle.

Son père a un jour déclaré, selon un témoin sérieux, que le socialisme ce n'est pas forcément ce qu'il y avait de pire. Pour LE JOURNAL, c'est on ne peut plus clair, cette déclaration -très engagée !- fait de lui un communiste. Donc Katharina l'est aussi. Donc c'est une dangeureuse terroriste rouge ! Quant à sa mère, elle est surprise un jour, bien des années auparavant, en train de boire du vin de messe dans la sacristie. Pas de doute pour LE JOURNAL que sa mère soit alcoolique. Il n'est donc pas surprenant que sa fille ait mal tourné. Tout comme son fils Kurt d'ailleurs, le frère de Katharina, qui est en prison, ce qui ne fait que confirmer les thèses du JOURNAL : c'est une famille de criminels. Après tout, ça devait finir comme ça comme le dit LE JOURNAL rapportant les propos qu'aurait tenu la mère de Katharina ; propos qui sont en fait tout autre.... Elle avait déclaré : "Pourquoi fallait-il que ça en arrive-là, pourquoi fallait-il que ça finisse comme ça ?" Ce qui dans LE JOURNAL se mua en : "Ca devait arriver, ça devait finir ainsi !" Tötges justifia la légère transformation infligée à la déclaration de Mme Blum par le fait qu'en sa qualité de reporter il avait l'art et l'habitude d' "aider les gens simples à s'exprimer".

 

En quelques jours, LE JOURNAL, par l'intermédiaire du journaliste Werner Tötges en charge de couvrir l'affaire Blum, a réussi à complètement déshonorer Katharina Blum.

Il est certain qu'un journal à faible tirage n'aurait pas eu un grand impact sur l'opinion publique. Mais, c'est loin d'être le cas du JOURNAL ! Il a pignon sur rue ! C'est un leader d'opinion comme le note d'ailleurs Katharina : "Mais qui donc lit ce genre de journaux ? Tous les gens que je connais lisent LE JOURNAL !"  Il est terrible de voir qu'un tel journal, pour qui toute rumeur est fait, ait une audience si importante auprès de la population allemande.

Et le Journal n'a cesse de ternir toujours plus la réputation de Khatarina Blum.

Sa mère vient de mourir. Pour LE JOURNAL, l'explication est simple : Mme Blum est morte à cause du comportement honteux de sa fille. En fait, c'est le journaliste Tötges qui a provoqué la mort de Mme Blum. Cette dernière avait besoin de repos suite à une opération délicate qu'elle avait subie. Cela était bien égal à Tötges qui l'a forcé à parler même si cela mettait en danger la vie de la vieille dame. LE JOURNAL ne s'arrête devant aucune audace. Il n'est rien de pire que rendre une personne responsable de la mort de ses parents.

La coupe est pleine pour Katharina la Rouge, prostituée et criminelle qui ne fait que peu de cas des ses parents.

Le dimanche 24 février, Katharina Blum assassine le journaliste (mérite-t-il d'ailleurs de porter ce titre ?) Werner Tötges.

 

Oui, les tabloïds peuvent mener dans la boue une personne vertueuse sans se préoccuper des désastres psychologiques pour cette personne. Tout ce que ces feuilles de choux veulent, c'est augmenter le tirage. Rien d'autre. Effrayant et pourtant c'est bien la réalité en Allemagne avec l'existence du Bild-Zeitung (lire l'article : pourquoi lire ? Raison n°5 : fuir Bild ?).

Heinrich Böll, faut-il rappeler Prix Nobel de littérature, nous offre, avec ce roman, un récit pamplétaire qui dénonce les pratiques outrancières de Bild. Et c'est un vrai succès !

 

En premier lieu, Heinrich Böll dévellope des réflexions fort intéressantes.

L'exploitation morale qu'est faite de la mort de la mère de Katharina rappelle celle qu'est faite de la mort de la mère de Meursault dans L'étranger d'Albert Camus. Sa mère meurt (c'est même le première phrase du livre) et, plus tard dans le roman, Meursault tue un Algérien. Mais, lors du procès, il n'est pas jugé pour son meurtre - un Algérien c'est tout à fait normal qu'il ait pu le tuer (comme le pense l'opinion publique de la France coloniale !) - mais il est jugé pour ne pas avoir été un fils modèle, pour ne pas s'être occupé de sa mère mourante. Dans le roman de Camus, il y a un meurtre et le fils ne s'est vraiment pas occupé de sa mère. Chez Heinrich Böll, pas de crime à l'origine de l'affaire, pas de mère abandonnée. Mais la mort de la mère est utilisée comme une preuve par le JOURNAL. Selon lui, Katharina doit bien être une criminelle puisqu'elle a, en quelques sortes, tué sa mère. Certes, la police n'a pa de preuve concernant l'affaire Götten mais rien que supposer, à tort, que Katharina ait pu abandonner sa mère et provoquer sa mort est en soi un crime et pour cela, elle doit être inculpée pour ce qui l'a mené au commissariat. On ne juge pas la personne pour ce qu'elle a fait mais pour ce qu'elle est supposée être. Terrifiant.

Une autre réflexion, plus annexe, est faite concernant les fonctionnaires qui sont chargés de rester aux tables d'écoute pendant plusieurs heures, pénétrant ainsi dans la vie d'autrui. Selon Heinrich Böll, ces fonctionnaires mériteraient de recevoir une formation psychologique spécifique. Sans le savoir, dès 1974, Heinrich Böll fait échos au film allemand La vie des autres (Das Leben der Anderen) sorti en 2007, qui met en scène un capitaine de la STASI (la police politique est-allemande), Gerd Wiesler. Celui-ci est chargé de diriger les écoutes envers un couple d'artistes. Wiesler est, au départ, un homme froid et insensible. Et plus il pénètre la vie de ce couple bohême, plus il comprend ce que sont les frémissements de l'amour, plus il se rend compte à quel point il est seul et à quel point l'amour lui manque ; ce qui le mène à aider ce couple. Cela donne raison à Heinrich Böll. D'après lui, on ne pense pas assez à ce qui peut se passer dans l'esprit d'une personne obligée de pénétrer la vie d'un autre et, parfois, ce peut être problématique, si cette personne est puritaine par exemple... Personne ne se doute-t-il donc de ce que des oreilles innocentes sont contraintes d'entendre, depuis le pudding au caramel jusqu'à la pornographie la plus éhontée ? Nos jeunes gens sont conviés à embrasser la carrière de fonctionnaire...et à qui les livre-t-on ? A des dévoyés du téléphone.

 

Par ailleurs, ce roman est l'occasion pour Heinrich Böll de montrer ce qui, selon lui, est un récit neutre, qui met en jeu tous les protagonistes et qui les respecte.

Heinrich Böll, contrairement à Bild dont l'unique source sont les ragots, établit son roman à partir de trois sources de premier choix qui jouent un rôle prépondérant dans l'affaire Blum : la police (et son tact habituel...), le procureur et l'avocat de Katharina Blum. A l'image de ces trois sources, le styles est très académique, très procédurier. Heinrich Böll s'intéresse à tous les acteurs de cette affaire en tentant de reconstituter au mieux ce qui s'est réellement passé. Il fait preuve d'une grande rigueur. Heinrich Böll donne la part belle aux faits, à leur exactitude et non aux rumeurs. Et, il n'hésite pas à montrer que les procédés du JOURNAL, donc de Bild, sont dignes du journalisme de caniveau. C'est une dénonciation ferme d'un système dangeureux qui peut même mener à la violence comme l'indique d'ailleurs le sous-titre du livre : L'honneur perdu de Katharina Blum ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire. Non seulement Katharina tue Tötges, mais, Blorna, l'avocat de Katharina, est aussi tenté par la violence radicale en commencant à confectionner un coktail molotov pour faire exploser le siège social du JOURNAL. Blorna se contente finalement de mettre un coup de poing à un vieil ami à lui, au mystérieux visiteur, qui a été épargné par l'affaire Blum grâce à ses connaissances dans le monde médiatico-politique. A noter que Blorna était, avant l'affaire Blum, l'exemple même de l'homme qui savait rester, en toute circonstance, calme et pondéré. La diffamation et l'injure à personne, restées impunies, modifient les comportements et peuvent conduire à la haine et à la violence. Voilà le message d'Heinrich Böll. Ce message prend une portée d'autant plus grande d'ailleurs qu'il est délivré dans une période où Heinrich Böll dénonce vivement la presse à sensation, ses pocédés et où il s'en prend notamment aux mensonges qu'elle répand alors sur la bande à Baader, un groupuscule d'activistes gauchistes.

 

Ce roman est une oeuvre majeure de la littérature allemande. Vous ne serez pas déçus.

 

Bonne lecture !

 

 

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C
Merci beaucoup pour se résumé détaillé , en revanche après avoir lu le livre je ne sais pas le nom de ce visiteur qui harcèle Katharina et qui lui donne la clé de la villa dans laquelle Ludwig va se cacher . Quelqu'un pourrait il me rappeler son nom ? Merci beaucoup d'avance !!!!!!!
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C
oupsss désolé pour la faute je voulais dire :<br /> Ce résumé
C
Merci pour se resume je devais lire le livre entier pour mon college et je ne comprenais absolument rien grace a se resume jais compris l histoire et jais pas 150 pages a lire merci
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D
"On ne juge pas la personne pour ce qu'elle a fait mais pour ce qu'elle est supposée être. Effrayant". <br /> Pour insister sur cette remarque qui me parait essentielle, je me permets de rapporter une phrase de Monsieur Olivier DUHAMEL (excellent politologue et Professeur qui a l'amour et le talent du métier ; impressionnant par son intelligence ; et est l'incarnation de l'honnêteté intellectuelle et de l'humilité) dans son ouvrage Les démocraties : "La démocratie commence où l'on décide de ne pas juger les gens pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils font."' (p. 81, dans un paragraphe consacré à la condamnation sans équivoque du régime nazi)
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