Pourquoi a-t-il fallu que je la joue placé plutôt que gagnant ?
Tout était pourtant de bon augure. Représentez-vous : Sissi charentaise qui court pour le Prix de Château-Chinon. Une jument au nom plus qu'évocateur rappelant satiriquement Ségolène qui court
pour le prix de la ville nivernaise dont François Mitterrand (lui même d'origine charentaise) fut maire entre 1959 et 1981. Quel symbole ! Cela ne pouvait laisser indifférent le Socialiste
que je suis.
Mais quel prise de risque ! Miser deux euros sur un cheval dont au fond je ne savais rien ne me laissait pas non plus indifférent. Je déteste les jeux de hasard. Et je déteste encore plus perdre
de l'argent dans un jeu de hasard. Quicquonque a déjà occupé un emploi - et derechef un job malpayé pour étudiant - sait combien il est difficile de gagner de l'argent. La prudence me conseillait
donc de garder cette somme - certes modique mais qui pouvait me servir pour des achats plus utiles. Ce qui correspondait tout à fait à mon côté pingre d'Auvergnat.
Mais, la tentation était trop forte, le symbole trop ennivrant : je me décidais à jouer deux euros sur Sissi charentaise. Je souhaitais toutefois limiter au maximum les risques. Comprenez-moi :
miser deux euros sur cette jument me paraissant une véritable folie, je ne pouvais jouer Sissi Charentaise que placé - rien d'autre. La jouer gagnante ne m'a même pas effleuré l'esprit.
J'ai donc parié deux euros que Sissi Charentaise arrive dans les trois premiers lors du Prix de Château-Chinon.

Avec un temps de 1'14''6, Sissi Charentaise est arrivée en tête de la course et a gagné par la même occasion le Prix de Château-Chinon.
Oui, j'étais content : je venais d'empocher onze euros.
Mais, quel regret ! Si j'avais joué Sissi Charentaise gagnante c'est-à-dire si j'avais parié qu'elle remporte la course, j'aurais gagné bien plus. Sa cote était en effet de 31. Cela
signifiait que, pour un euro misé, la victoire de Sissi Charentaise rapportait 31 euros. Donc, pour deux euros, 62 euros.
Ma prudence m'a coûté 51 euros. Je n'arrête pas d'y penser. J'aurais dû me fier à mon instinct socialiste.
Nul doute que ce regret me hantera la prochaine fois que j'irai assister à des courses de chevaux à Vincennes...
En attendant, je préfère retourner lire L'ombre du vent de Carlos Ruis Zafon pour oublier toutes ces émotions.