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Marcel Proust

Les Diaboliques de Jules Barbey d'Aurevilly (1874)

Publié le 31 Août 2008 in Regards sur une oeuvre

Qu'elles sont belles ! On leur donnerait le bon Dieu sans confession...

Imagine-toi, jeune homme, faire connaissance avec une femme d'une extrême beauté. Chaque détail de son corps, chaque trait de son visage, chaque pore de sa peau attisent ton désir... Quel regard profond ! Quelles cuisses parfaites ! Quelle poitrine bien ronde ! Mais...attends...que vois-je aux commissures de tes lèvres? Ne serait-ce pas de...de... de la bave ? Arrête de saliver, jeune homme ! Un peu de tenue, que Diable... Je reprends donc... Tu ne penses qu'à elle, qu'à son petit air de femme prude...elle est sage, polie et réservée. Elle semble avoir reçu la meilleure éducation catholique qui puisse être prodiguée de ce côté-là des Alpes. Elle ressemble à s'y méprendre à la Vierge Marie... Tu l'aimes à la folie ! Elle te tourne la tête. Mon Dieu, jamais tu n'aurais pensé rencontrer le fantasme de tes nuits en chair et en os... Bonheur ! Joie ! Pâques ! Noël ! Toutefois, tu n'es pas arrivé au bout de tes surprises... Tu es entré sans le vouloir dans la peau de l'un de ces hommes que décrit Jules Barbey d'Aurevilly... Il ne te reste plus qu'à trembler, fais moi confiance ! Fuis tant qu'il en est encore temps...
En effet, dans les six récits qui composent les Diaboliques, Jules Barbey d'Aurevilly nous conte les histoires (véridiques !) d'hommes qui ont rencontré des femmes aux apparences des plus angéliques. Tous sont subjugués par ces perfections féminines. Mais très vite, ils déchantent et se rendent compte que sous les Anges se cachent de véritables Diablesses... 

Elles ont toutes conscience de leur pouvoir de séduction ; un pouvoir dont elles jouissent d'ailleurs à leur guise face à des sujets masculins. Qu'elles aiment disposer de ces hommes qui n'ont pas su raison garder en leurs présences ! L'homme est décidément bien faible face à une divine créature... Et il le paie au prix de découvertes extraordinnaires ! Une a des envies sexuelles insatiables, une autre ne peut se complaire que dans l'adultère quitte à subir les foudres de son mari. Il y a aussi celle qui se prostitue pour faire honte à son mari.  N'oublions pas également celle qui est prête à tuer la femme de son amant et même celle qui n'a aucun scrupule à vouloir éliminer sa propre progéniture par amour pour un homme... Bon voyage dans les profondeurs de l'Humanité... Mais ce ne sont pas là les seules surprises qui vous attendent...
Outre le fait que vous comprendrez pourquoi toutes les femmes décrites dans cette oeuvre peuvent être qualifiées de "diaboliques", vous découvrirez aussi d'autres éléments qui séduiront le lecteur que vous êtes.
Vous aurez le bonheur d'apprécier le style littéraire de Jules Barbey d'Aurevilly qui se répète d'une histoire à l'autre. Le génie de cet écrivain tient essentiellement dans son art de la description. Le narrateur nous rapporte une histoire qu'on lui a raconté soit en faisant intervenir directement celui qui lui a raconté cette histoire soit en faisant appelle à ses souvenirs et ce en nous décrivant dans le moindre détail physique et biographique chaque protagoniste de l'histoire. Quel régal de lire ses longues descriptions qui nous font faire connaissance avec des personnages étonnants ! Chaque récit est donc une suite de descriptions jusqu'à ce que Barbey d'Aurevilly nous dévoile, quelques pages seulement avant la fin de l'histoire, la clé du mystère : pourquoi ou en quoi cette femme est diabolique ? Le lecteur n'est jamais déçu, croyez-moi ! Je ne vous cacherais pas que le style de Barbey d'Aurevilly (longues descriptions puis rapide résolution de l'énigme) me rappelle le style d'Honoré de Balzac et notamment son livre La Cousine Bette. Il n'y a pas meilleur style pour décrire une énigme !
Et, que serait les Diaboliques sans Valognes ? Pas grand chose... Valognes ? Comment cela, vous ne connaissez pas Valognes ? Je m'en vais combler cette lacune en vous présentant cette ville à la façon de Goscinny... "Nous sommes au début du XIXème siècle, au temps de la Restauration. Toute la France a connu la Révolution... Toute ? Non ! Un village peuplé d'irréductibles  Nobles résiste encore et toujours aux acquis de la Révolution. " La ville de Valognes, située en plein coeur du Cotentin, est effectivement une ville qui fut en grande partie épargnée par la Révolution. Après l'épisode napoléonnien, les Nobles y jouissaient ainsi toujours d'une très bonne réputation même s'ils s'y ennuyaient ferme... Et c'est dans cette ambiance d'une noblesse qui ne saisit plus le rôle qu'elle doit jouer dans la société que Jules Barbey d'Aurevilly décide de situer l'action de ses récits. Valognes devient le lieu où le drame se déroule ou le lieu où l'on rapporte ce drame. Quoiqu'il en soit cette ville (dont le nom n'est jamais cité) est incontournable et surtout  remarquablement présentée. Un excellent guide touristique !

Alors, me direz-vous, ces six récits ont chacun trois unités : celle de temps (la Restauration), de lieu (rapport plus ou moins direct à Valognes) et celle d'action (on dévoile le mystère lié à une femme diabolique). Les Diaboliques
est en conséquence une oeuvre très cohérente d'autant plus d'ailleurs que le tout est rédigé dans une langue très belle et très précieuse..une langue que l'on rêverait de maîtriser !

Quel dommage que ce recueil soit aussi peu connu en France...

Lisez  ce livre ! Cette perle de la littérature française vous éblouira sans aucun doute !
 

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