Quotidien incontournable en Auvergne, le journal La Montagne est connu pour son amour de l'impartialité et de l'analyse sérieuse. Ne vous attendez donc pas à
ce que je m'en prenne de façon virulente à ce brillant journal. Comment le pourrais-je ? Quand un journal, jouissant du monopole de l'information sur toute une région, ne s'évertue qu'à
rapporter des informations tronquées voire erronées tout en pensant faire du grand journalisme, il ne peut pas y avoir là matière à critique. Quand un journal fait des 100 ans de Papy
Mougeot, vieil homme vivant reclus au fin fond de la campagne bourbonnaise, un évènement tout aussi important que la situation en Géorgie ou que les mesures économiques annoncées par le
Gouvernement, il n'est pas raisonnable de formuler des critique à l'égard d'une telle institution jounalistique. Quand un journal met en avant des pseudo-éditoriaux qui se veulent être
dérangeants ou percutants alors qu'il n'est question le plus souvent que de la pluie et du beau temps ou de remarques tout bonnement populistes, aucun anathème ne saurait être prononcé pour
le diaboliser. Que j'aime lire ce journal ! Que j'aimerais que des journaux aussi peu sérieux que Le Monde, Libération ou Le Figaro prennent exemples sur la rectitude morale qui semble animer
l'esprit des journalistes de La Montagne ! L'espoir fait vivre...
Mais, il arrive parfois à La Montagne, je vous le concède volontiers, de dépasser les bornes. J'ai récemment lu une annonce publicitaire qui vaut son pesant d'or. Elle
consistait en une offre exclusive faite aux lecteurs de La Montagne. Elle leur proposait d'acheter un polo des plus saillants pour la modique somme de 19€. En effet, ce polo (coloris
disponibles : noir ou bleu marine, taille du S au XXL - pour toute commande, laissez-moi vos coordonnées...) est orné d'un charmant blason qui indique fièrement :
Auvergne,
ma tribu de coeur
C'est un très bon sloggan, non ? Au fond, il est vrai que les Auvergnats sont restés des Gaulois à part entière, toujours prêts à prendre les
armes pour défendre leurs volcans et leurs fromages et ce sous le commandement d'un Vercingétorix nouvelle génération. C'est bien connu, les Auvergnats sont renfermés sur eux-même, ils
vivent isolés dans leurs montagnes et sont allergiques au progrès. Et, évidemment, tout cela leur fait plaisir et jamais ô grand jamais les Auvergnats ne changeront leur comportement. Et, bien
heureusement, La Montagne est là pour consolider ce socle de valeurs et de traditions communes qui est le ciment de cette "tribu" auvergnate. Nous ne pourrons qu'être éternellement reconnaissants
à La Montagne de défendre cet esprit de repli sur soi, si important en ces temps de mondialisation... Quelle fierté d'être Auvergnat ! Et puis zut, n'ayons pas peur d'exprimer
nos idées : l'Auvergne aux Auvergnats ! Allons même plus loin. Nous devons militer activement dès aujourd'hui pour l'indépendance de l'Auvergne et bâtir de nos mains (car Dieu sait que
nous sommes des êtres courageux et endurants (bien plus que n'importe quel autre peuple)) une Nation puissante. Vive l'Auvergne libre !
Trêve de plaisanterie. Quand je me rends compte que le journal le plus lu en Auvergne n'aspire qu'à pérenniser les vieux préjugés qui font de l'Auvergne une région qui serait au-dessus des autres
de par ses nombreuses spécificités, je ne peux qu'avoir envie de fuir. La région Centre vaut bien l'Auvergne. La Bretagne vaut bien l'Auvergne. La Saxe vaut bien l'Auvergne. Les Cornouailles
valent bien l'Auvergne. La Castille de la Manche vaut bien l'Auvergne. La Californie vaut bien l'Auvergne.
Je comprends que l'on puisse être attaché à une terre et je sais que cela est important d'avoir un lieu où l'on aime se trouver et passer du bon temps. Il est important d'avoir son
"Heimat" comme diraient les Allemands. Mais, il ne faut pas éprouver du régionalisme primaire. Il faut éviter d'ériger en modèle les Chtits ou les Auvergnats. Nous sommes avant tout des êtres
humains qui partageons des valeurs profondes. Ne l'oublions pas. Ne l'oublions jamais.
Cependant, que faire pour contrer les effets néfastes d'un journal qui n'a aucune concurrence et qui peut donc se permettre toutes les audaces ? Pas grand chose... Plutôt lire pour
oublier donc...