En villégiature dans un palace italien, une jeune femme de la bourgeoisie viennoise, Else, reçoit une lettre de sa mère. Elle y apprend
que sa famille est au bord du gouffre. Pour quelle raison ? Son père s'est une nouvelle fois endetté et n'a trouvé personne pour l'aider. S'il ne rembourse pas d'ici à deux jours l'argent
perdu en Bourse, il sera envoyé en prison, faisant ainsi ses adieux à sa très grande renommée d'avocat à Vienne ... ce qui pourrait le conduire inéluctablement au suicide. Son dernier
et ultime recours est le Vicomte von Dorsday. Ce dernier l'apprécie et à la particularité de séjourner dans le même hôtel que sa fille Else. Je suis sûr que vous devinez la suite... Else se
voit confier par ses parents la délicate mission de soutirer à Von Dorsday un prêt d'un montant de 50 000 gulden. Von Dorsday, riche vieillard, est d'accord pour conssentir à ce prêt
mais ce à une seule condition : pouvoir scruter le corps nu de la belle Else pendant une quinzaine de minutes. Est-ce qu'Else, jeune vierge de 19 ans, va accepter de vendre ainsi son corps pour
sauver son père ? Réponse dans le livre...

L'histoire en elle-même est loin de déchaîner l'enthousiasme chez le lecteur. Ce qui, à mon sens, est remarquable dans ce livre, c'est le procédé d'écriture. Mademoiselle Else n'est pas le banal récit d'un drame familial et ce pour la simple et bonne raison que le lecteur pénètre (pour son plus grand bonheur
!) dans l'esprit d'Else, la narratrice. Nous suivons minute après minute, seconde après seconde, toutes les pensées, des plus futiles au plus fatales, qui traversent la tête de cette jeune
Viennoise. Que dire si ce n'est que ce livre, écrit dans une langue d'une très grande qualité, est le soliloque tragique d'une jeune femme en proie aux oscillations de
l'âme. Tout n'est que doute dans sa vie. Le lecteur se rend d'ailleurs très vite compte que l'hésitation domine son être. Hésitation entre désir de prostitution et voeux d'abstinence. Hésitation
entre assouvissement à ses parents et fuite égocentrique. Hésitation entre la vie et la mort. Au fond, ce roman d'Arthur Schnitzler nous dresse le portrait de la jeunesse viennoise au tournant du XXème siècle ; une jeunesse qui
cherche toujours plus à renier la morale et à briser les codes hypocrites de la bourgeoisie d'alors. Et, au delà de cette dimension purement autrichienne et vingtémiste, l'écrivain
nous décrit, en toute simplicité, les turpitudes qui animent chaque adolescent(e) quelque soit le lieu ou l'époque.
A lire en priorité !