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Marcel Proust

Rimbaud journaliste !

Publié le 23 Mai 2008 par thomas in Actualités littéraires

Accrochez-vous bien, je vais vous annoncer une nouvelle sensationnelle (si vous êtes un amoureux des vers...et de la prose rimbaldienne !).



Lors de ma revue de presse quotidienne sur Internet, je me suis rendu sur le site lefigaro.fr et la "une " du Figaro du jeudi 22 mai a attiré mon attention. Que vis-je ? Un énorme portrait d'Arthur Rimbaud ! Les scientifiques ont-ils résuscité ce poète de talent dont j'aimerais tant être un favori ...?! Malheureusement non ! Il n'empêche que la nouvelle est tout de même des plus heureuses et aussi des plus prometteuses pour le monde de la recherche en littérature.

En effet, Patrick Taliercio, réalisateur d'un documentaire sur Rimbaud et notamment sur sa seconde fugue en Belgique, a exhumé chez un antiquaire de Charleville-Mézières un article de la plume d'un certain Jean Baudry...qui n'est autre qu'Arthur Rimbaud ! Cet article, publié dans le Progrès des Ardennes daté du 25 novembre 1870, s'intitule "Le rêve de Bismarck (Fantaisie)". Cela confirme l'hypothèse selon laquelle le jeune Arthur aurait envisagé d'embrasser la carrière journalistique.

Je vous laisse savourer ce petit bijou rédigé par ce beau jeune homme de 16 ans. A noter que depuis 1948, aucun texte de Rimbaud n'avait été découvert. Pourvu que l'on en retrouve encore...et encore !


"Le rêve de Bismarck (Fantaisie)" d'Arthur Rimbaud


C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg ; il passe outre.

À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées et s'arrête…

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine ! Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !

**

Bismarck médite, Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.

Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris Paris ! Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir…

Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent. Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe… hi ! povero ! Son index était sur Paris ! Fini, le rêve glorieux !

 

**

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate !

Cachez, cachez ce nez !

Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais (…) avec des crimes de… dame (…) dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides !

Voilà ! Fallait pas rêvasser !

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C
Somme toute, il a bien fait d'être poète.
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