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Marcel Proust

Les Physiciens de Friedrich Dürrenmatt (1962)

Publié le 4 Janvier 2010 in Regards sur une oeuvre

Horreur ! Malheur ! La jeune infirmière Irène Straub, championne de judo à ses heures perdues, vient d'être assassinée. Et pas par n'importe qui : par Albert Einstein !
einstein.jpgEnfin, pour être plus précis par le physicen Ernst-Heinrich Ernesti qui, devenu fou, se prend pour Albert Einstein. Pauvre homme... Cela fait deux ans qu'il vit aux Cerisiers, un charmant asile psychiatrique pour personnes riches situé au bord d'un petit lac suisse. Il n'est d'ailleurs pas le seul physicien à avoir été envoyé dans cet asile. Herbert-Georg Beutler (qui se prend lui pour Sir Isaac Newton) réside aux Cerisiers depuis près d'un an. Il y a trois mois, il a  lui aussi tué une infirmière, la belle Dorothée Moser. Pour la directrice de l'établissement, Mathilde Von Zahnd, vieille fille et héritière de la glorieuse famille éponyme, il est clair que la folie dont sont atteints les deux physiciens n'est pas étrangère à la profession qu'ils exerçaient auparavant. En effet, ils travaillaient dans le domaine de la physique nucléaire. Delà à conclure que le contact avec des matériaux radioactifs les a rendus fous, il n'y a qu'un pas...
newton-closeup.jpgQuoiqu'il en soit, Mathilde Von Zahnd se voit expréssement notifiée par l'inspecteur Voss de renforcer la sécurité de son personnel et d'éviter qu'un tel drame ne se reproduise à l'avenir. La directrice s'engage bien évidemment à ce que plus aucun crime - terme auquel la directrice préfère d'ailleurs celui d' "accident" puisque ces meurtres sont commis par des malades mentaux et non par des personnes conscientes de la gravité de leurs actes - ne soit commis aux Cerisiers. Preuve de sa bonne volonté, elle rappelle au policier les mesures qu'elle a prises au lendemain de la mort de Dorothée Moser. Elle avait alors décidé d'isoler les physiciens dans la Villa, le bâtiment principal de l'asile, et de reloger ses autres illustres pensionnaires (écrivains, gros industriels, millionnaires) dans un tout nouveau bâtiment construit spécialement pour l'occasion. Cette fois-ci, elle décide de changer de personnel. Désormais, seuls des hommes s'occuperont des physiciens : les belles infirmières seront remplacées par de robustes infirmiers. Voilà donc les physiciens isolés et solidement encadrés. Et voilà l'infièrmière-major Marta désemparée. Cette dernière ne peut se résoudre  à l'idée d'abandonner "ses" physiciens.
C'est dans cette ambiance que Mme Lina Rosier arrive à la Villa.
Elle vient juste d'épouser un missionnaire veuf, la pasteur de Gutennen, Oscar Rosier, qu'elle est sur le point de suivre aux îles Mariannes (océan Pacifique) où le prédicateur a été envoyé pour convertir les populations locales.

northern-marianas.jpg
Si elle est allée aux Cerisiers ce jour, c'est pour rendre visite une dernière fois à son ancien mari, Johann-Wilhelm Möbius.
Möbius est un autre physicien devenu fou. Il habite dans la Villa,  avec Einstein et Newton. Cela fait douze ans qu'il a été interné dans ce lieu. Jeune homme pauvre, il a logé dans une mansarde loué par le père de Lina. C'est ainsi que Lina et Johann-Wilhelm se sont rencontrés. Alors qu'il avait vingt ans et elle vingt-cinq, ils se sont mariés. Etudiant en physique, Johann-Wilhelm passait tout son temps à rédiger sa thèse, tandis que Lina travaillait  dans une entreprise de transports pour subvenir au besoin du jeune ménage. Les finances du couple étaient loin d'être glorieuses. Heureusement, une chaire de professeur a été proposée à Johann-Wilhelm.  Mais, c'est à ce moment-là qu'il est tombé malade. Ses soins ont coûté cher à Lina, qui a consacré toute sa vie à son mari. Aujourd'hui, elle vient lui faire ses adieux. Elle veut changer de vie. Et puis, elle ne peut plus se permettre d'assurer le financement des soins.
Avant de partir à l'autre bout du monde, elle souhaite que ses trois fils, nés de l'union avec Johann-Wilhelm, fassent la connaissance de leur père, dont ils n'ont aucun souvenir ; ils étaient très jeunes quand leur père est tombé malade. Chaque fils se présente alors : Adolf Friedrich, seize ans, aspirant pasteur ; Wilfried-Kaspar, quinze ans, aspirant philosophe ; Jörg-Lukas, quatorze ans, aspirant physicien. Puis, Lina présente son nouveau mari à Johann-Wilhelm. Celui-ci n'était même pas au courant que Lina avait divorcé.
814268-997095.jpgVint enfin le temps du départ. Les trois fils ont préparé une surprise à leur père. Ils sortent des flûtes et commencent à jouer un morceau de Buxtehude. Mais leur père ne l'entend pas de cette oreille. Au bout de quelques instants, il les enjoint d'arrêter. Au nom du roi Salomon. Möbius est effectivement pris d'une crise et se met à réciter le "psaume de Salomon dédié aux cosmonautes". Ce après quoi il leur ordonne de s'en aller. Les visiteurs obéissent.
L'infièrmière-major et l'infirmière Monika arrivent en urgence pour calmer le physicien. Il redevient très rapidement calme - dès que sa famille a franchi le pas de la porte. Monika veille sur Möbius depuis deux ans. Et elle sait qu'il n'est pas aussi fou que les gens croient. Et elle sait surtout qu'elle est folle amoureuse de lui. Elle ne le verra bientôt plus  étant donné que des infirmiers vont prendre sa place. Cela lui est insupportable. Elle n'a alors qu'une envie : partir avec lui et fonder une famille. Monika a tout prévu. Elle envisage d'aller s'installer avec lui à Blumenstein. Elle est  même allée voir le professeur Scherbert, un ancien professeur de Möbius, pour qu'il étudie les manuscrits que Möbius a rédigés aux Cérisiers et qu'il tiendrait -selon ses dires- du Roi Salomon en personne. La directrice, quant à elle, approuve ce projet et ne voit aucune objection à ce que Möbius retrouve sa liberté. La situation est donc plus qu'alléchante : l'amour et la liberté servis sur un plateau.
Quelques minutes après, Möbius égorge Monika. Oui, il aimait Monika. Mais, cet amour était une folie. Il ne pouvait se permettre de quitter l'asile.

Pourquoi commet-il ce crime ? Pourquoi refuse-t-il de sortir de l'asile ? C'est ce que vous découvrirez en lisant la suite de ce livre...

Physiker.jpg
Ecrite dans le contexte de la Guerre Froide, de l'affrontement entre les Américains et les Soviétiques, Les Physiciens est une pièce de théâtre tout droit sortie du génie de l'écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt. Elle est aujourd'hui un classique du théâtre contemporain.
Le lecteur - et encore plus le spectateur- ne peut que se laisser emporter par cette pièce qui le captive jusqu'au point final - jusqu'à la tirade finale. Il va de révélations en révélations. Il comprend petit à petit, par de menus détails (une des caractéristiques du style de F. Dürrenmatt) quelle est la trame de cette pièce. Surprenant. Excellent.
Vous sourirez  très certainement des noms des personnages. Il semble que Dürrenmatt ait voulu donner les noms les plus germanophones possibles, quite à en rendre ridicules ses personnages ! Il semble aussi qu'il s'en serve parfois pour faire échos à d'autres de ses écrits. En effet, la première infirmière tuée, Dorothée Moser, porte le même nom de famille que la petite fille tuée dans La Promesse, Gritli Moser.
Et, la réflexion offerte par cette pièce ne vous laissera pas indifférent. Cette réflexion fait d'ailleurs échos à celle que Goethe a menée dans son très célèbre Faust par la voix de Méphistophélès. La pièce vous fera vous interroger sur la responsabilité des scientifiques et la question -banale mais non moins fondamentale- de la liberté. Je ne peux malheureusement vous en dire plus sous peine de trahir votre curiosité.

Bonne lecture ! Vous ne serez pas déçu. Loin delà.

PS : Merci Inge de m'avoir offert le plaisir de lire cette pièce si difficile à trouver dans les librairies françaises...
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