Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Marcel Proust

Pourquoi lire ? Raison n°39 : fuir les foires médiévales

Publié le 9 Août 2009 in Pourquoi lire

Monsieur Touriste est heureux.
Il est parti en vacances depuis bientôt une semaine. Loin de son boulot qu'il déteste (et surtout  de Paul, son abruti de collègue), il n'est plus stressé mais enfin quiet avec, en prime, sa petite famille à ses côtés.
Aujourd'hui, il désire aller visiter un petit patelin perdu dans la campagne. Il a besoin d'authenticité. En plus - génial ! -, une foire médiévale se déroule dans ce village. Cela ne pourra que pimenter ses vacances. Toute sa famille sera aux anges. Quelle occasion ! Jamais il ne pourra lui faire vivre, à si peu de frais, un tel retour dans le passé lorsqu'ils seront de retour en région parisienne. Et puis, ça fera quelquechose à raconter au bureau, à la pause café. Aux femmes, il pourra parler des  troubadours et de leurs spectacles. Aux hommes, de la femme-sorcière au pantalon de cuir très moulant.
Mais, en attendant d'être de retour, il est satisfait de montrer à ses enfants la vie de leurs lointains ancêtres.
Nul doute que les enfants Touriste s'amuseront bien. Le gamin idéalisera les chevaliers et n'aura plus qu'un seul but dans la vie, celui de s'armer d'une épée et d'un bouclier pour aller affronter des brutes en ferraille.  La gamine, elle, fantasmera sur les jolies robes et se rêvera princesse. Belle leçon d'Histoire. 
Quant à Madame Touriste, Monsieur Touriste sait que la foire lui plaira. Elle s'arrêtera devant toutes les échoppes artisanales et achètera une jolie broche qui, fabriquée en Chine, lui sera vendue dix fois plus cher que chez Tati. Que voulez-vous, l'artisanat médiéval a un coût.  

Monsieur Lanceur de Flammes est heureux.
Cela fait longtemps qu'il fréquente les foires médiévales. Il y passe même tous ses printemps et tous ses étés depuis qu'il a dix-sept ans. Il faut dire qu'il n'aime pas la société dans laquelle il vit. Trop cruelle. Il n'a jamais pu y trouver sa place. Et si d'aventure il cherche effectivement à la trouver, il est sûr d'être relégué tout en bas de l'échelle sociale. Alors, quoi de plus normal que de la fuir. Autant jouir d'un peu de prestige dans une société décalée et y jouer un rôle que l'on aime que de devoir affronter les difficultés propres à notre siècle. Puis, de belles touristes, célibataires ou accompagnées par des maris qu'elles n'aiment plus, ne sont pas insensibles à son charme d'homme viril qui semble tout droit venud'un autre temps. Les soirées et les nuits de Monsieur Lanceur de Flammes sont riches en aventures.

Monsieur le Maire est heureux.
Il a réussi à donner une dimension internationale à son bourg longtemps resté endormi. Il a enfin su mettre la richesse du patrimoine communal au service de l'essor du commerce local. Le boulanger de la place de l'Eglise et le gérant du Grand Hôtel ne manqueront pas de voter pour lui aux prochaines élections.


Dépaysement voire fuite pour les uns, commerce pour les autres : tout le monde semble trouver son compte à la foire médiévale.
Et personne ne semble se rendre compte que l'on glorifie un sombre millénaire durant lequel la population européenne a cotoyé les ténèbres. Comment peut-on, deux-cent vingt ans après la prise de la Bastille, glorifier la vie moyen-âgeuse ? On peut certes vouloir fuir notre société ou contribuer au développement touristique d'un site médiéval exceptionnel. On peut vouloir assouvir nos désirs. Mais, on ne doit pas pour autant célébrer l'une des pires époques que les hommes aient connue . On a le droit de réfléchir. Et on a d'autant plus le droit de réfléchir que souvent, lors de ces foires médiévales, on idéalise ce que le Moyen-Age a pu être.
Comment peut-on  faire ainsi abstraction de l'Histoire en pensant benoîtement que revivre le Moyen-Age, c'est se déguiser en comte, en duchesse, en curé ou en troubadour  en oubliant le servage et les épidémies, quelles soient d'ailleurs de peste ou chrétiennes ?

Oui, nous avons le droit de vouloir fuir ou de gagner de l'argent.
Non, nous ne pouvons pas moralement fantasmer l'Histoire, la ré-écrire à notre guise et n'en retenir que les moeurs les plus romantiques (privilèges partagés par une toute petite minorité de la population médiévale).

Alors, que faire ?

Les organisateurs des foires médiévales se verraient bien inspirés de cesser de faire croire que le Moyen-Age, c'est la vie de la Belle-au-Bois-dormant ou celle du roi Arthur. lls devraient montrer quelle était la vraie vie de la grande majorité de la population : dénuement, pauvreté, exclusion, esclavage. Il devrait y avoir beaucoup plus de gueux ou de serfs qui déambulent dans les rues. La foire serait plus fidèle à l'Histoire.

Autre proposition : célébrer une autre période.  Pourquoi en effet ne pas mettre en avant par exemple la Révolution française à travers des journées révolutionnaires ? C'est si rare en France.
Nous devrions être fiers de nos ancêtres qui se sont libérés du joug d'un tyran et de son clan. Nous devrions être fiers de vivre  dans l'une des plus anciennes démocraties d'Europe et du monde. 
Et, bien au-delà (car il ne s'agit pas de sombrer dans du nationalisme primaire), il faudrait célébrer ce qu'il y a d'universel dans la pensée de Voltaire ou de Rousseau, dans l'héritage de 1789, le mettre en exergue et le partager avec le reste du monde.

Tout le monde y trouverait son compte et justice serait (enfin) rendue à l'Histoire.

Publicité
Publicité
Commenter cet article
T
<br /> "Vieille connaissance", je dois avouer que ton argumentation très détaillée est implacable. Me voici convaincu ...<br /> <br /> Je ne prétends pas détenir la vérité. Ce que j'écris, c'est ce que je ressens et cela peut me conduire dans l'erreur - évidemment. Aussi, je publie des articles dans l'optique d'un débat.<br /> Le commentaire de "Tout le monde n'y trouvera pas son compte" est constructif et vise à pointer du doigt un aspect que j'avais abusivement critiqué.<br /> <br /> Le tien n'apporte absolument rien. Tu as évidemment le droit de ne pas être d'accord, mais alors, tu as l'obligation de l'expliquer !<br /> <br /> Tu te contentes de critiquer pour critiquer et de donner des leçons de morale générales très savoureuses alors que je suppose, vu ton statut de "vieille connaissance", que nous ne sommes pas vus<br /> depuis longtemps.<br /> Tu ne peux donc pas me juger à partir d'un seul article paru sur un blog...<br /> <br /> Tu juges bien vite pour une personne qui se veut si raisonnable et qui semble connaître la Vérité...<br /> <br /> Et quel courage d'avoir dévoiler ton identité !<br /> <br /> <br />
Répondre
U
<br /> Thomas, renseigne toi un peu avant de dire que le Moyen-Âge fut une époque de ténèbres.<br /> Modère un peu tes propos aussi parce que bien souvent dans cet article, tu es dans l'erreur.<br /> Arrête de vouloir tout critiquer.<br /> <br /> <br />
Répondre
T
D'accord, le Moyen-âge, ce ne sont pas que des chevaliers et des princesses, mais la Révolution, ce n'est pas un peuple qui se soulève contre un tyran! Ça c'est qu'on raconte aux petits enfants... Les foules se soulèvent quand les récoltes sont mauvaises, c’est ça qui rend le fisc oppressant. Dès le Moyen-âge le plus reculé, des paysans ou des bourgeois se sont soulevés contre la noblesse. Les jacqueries parsèment notre Histoire, mais on les oublie vite. En 1789, la bourgeoisie parisienne a réussi à retourner la situation à son avantage, c’est pour ça qu’elle a pu réécrire l’Histoire à sa guise : elle était (et elle est toujours) « le peuple » à elle seule. Mais le reste du pays, lui, n’en a rien à battre de Voltaire et Rousseau: les Chouans sont bien allés se faire massacrer pour rétablir la monarchie.<br /> <br /> Quant à l'universel rousseauiste, ça reste à relativiser. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les Hommes, Rousseau mentionne sans recul le « sexe qui doit obéir ». Les cours médiévales ont écouté Marie de France et Christine de Pisan, Elisabeth Vigée-Le Brun a peint Versailles, et la Révolution a envoyé Olympe de Gouges à l'échafaud. L'"universel" a mis du temps à voir le jour, et si j'en crois ton point de vue sur les gamins qui se rêvent chevaliers et les fillettes princesses, il n'est pas encore acquis.<br /> <br /> « Rendre justice à l’Histoire » est une belle expression, mais c’est oublier que l’Histoire est écrite par les vainqueurs, et qu’elle est, comme toute science humaine, une lice où s’affrontent différents points de vue.<br /> Cesser de fantasmer le Moyen-âge, pourquoi pas, à condition de ne pas se mettre à fantasmer la Révolution! <br /> <br /> ps: Cléry son histoire en lumière a consacré ses spectacles à la Révolution française cet été.
Répondre
Publicité