Rares sont les chansons allemandes qui rencontrent un grand succès auprès du public français.
Pour ma génération, on pourrait citer les tubes de Tokyo Hotel, groupe androgyne pour pré-adolescentes, au succès international aussi troublant qu'incroyable, dont la musique - sans nul doute -
doit se faire retourner dans leurs tombes ces anciens porte-drapeaux de la musique allemande que furent Beethoven, Bach ou Wagner en leurs temps. On pourrait aussi penser aux chansons du
groupe Rammstein qui, elles, s'adressent à un public bien plus viril et beaucoup plus violent ou encore à celle de Lou Bega qui est, comme ces chansons ne le laissent absolument
pas présager, un chanteur italo-allemand né à Munich.
Mais, la génération de mes soeurs voire celle de mes parents a été marquée par une toute autre chanson et pas des moindres puisqu'il s'agit de la première chanson allemande à avoir
figuré en tête du hit-parade français. L'auteure en est la chanteuse Gabriele Susanne Kerner, plus connue sous le nom de Nena, qui a réussi à séduire le monde entier en
1983 avec son titre "99 Luftballons" - 99 ballons baudruche.
A sa sortie, on ne pouvait qu'être réjoui de l'échos international dont a bénéficié cette chanson qui dénonce la course à l'armement, caractéristique majeure de la guerre froide.
En effet, cette chanson conte l'histoire de 99 ballons baudruche anodins et sympathiques qui arrivent d'on ne sait où et qui sont considérés comme une menace très grave par les principales
puissances militaires. Ces dernières, se méfiant les unes des autres dans un moment où l'équilibre du monde est extrêmement fragile, pensent que ces ballons viennent du camp d'en face. S'en suit
la guerre et la destruction du monde.
"99 Luftballons" est donc une chanson engagée qui traduisait, en 1983, l'antimilitarisme d'une partie de la population ouest-allemande, suite notamment à l'installation de missiles
américains en RFA.
Toutefois, au fil des ans, cette chanson - aux paroles certes militantes mais à la musique assez basique - a perdu sa symbolique et est devenue la chanson sur laquelle midinets et minettes se
trémoussent goulument en boîtes de nuit. D'où de nombreuses reprises...par Nena elle-même !
Et quelles reprises !
A sa décharge, il faut reconnaître que Nena a tenté d'adapter sa chanson aux changements comme le montrent d'ailleurs les différents clips réalisés.
D'un clip sombre sur fond de champ de bataille, on est effectivement passé à un clip style mauvais jeu vidéo des années 80 où le message initial est tourné en dérision. On a même eu le doit,
en cours de route, à la version romantique au bord de la mer, à proximité d'un joli phare rouge et blanc ! Il ne fait aucun doute que Nena est une artiste qui se cherche et qui, à
bientôt 50 ans, ne semble toujours pas s'être trouvée.
Je vous laisse maintenant savourer chacune des trois versions, qui valent toutes le détour. Pour ma part, je préfère aller lire quelques pages de la
Promesse de Friedrich Dürrenmatt, même si, je l'avoue, je trouve cette grande chanteuse allemande - et surtout ses musiciens - tout bonnement irrésistibles...
Nouvelle version (2002) - romantique, doux
Version réalisée pour Arte (2009) - gai, coloré