Un célèbre Gaulois, à la fameuse braie bleue et blanche, n'a de cesse de répéter, au fil de ses aventures : "Ils sont fous, ces Romains !". A l'époque - la Rome
antique - où cet héros moustachu évolue, il pointe du doigt, par cette formule plutôt bon enfant, la folie des soldats et fonctionnaires de Jules César. Cependant, sa remarque pourrait
allègrement être ré-actualisée pour s'appliquer à l'Evêque de Rome (plus connu sous le nom trompeur de Pape) et à ses valets, encore que l'expression "Ils sont fous, ces Vaticanais" serait - et
comment ! - trop faible pour désigner les membres de la Curie si l'on considère la position intolérable qu'ils viennent d'adopter au sujet d'un avortement qui a eu récemment lieu en
Amérique du Sud.
Quelque soit la période ou le lieu, le débat sur l'avortement est un débat à ce point passionné qu'il se transforme le plus souvent en guerre civile entre les défendeurs d'une morale
pseudo-humaniste inspirée par Dieu et les partisans de la liberté des femmes à disposer de leur corps et à être maître de leur vie sexuelle. Rien que dans notre pays, le vote de la loi
Veil, à la fin de l'automne 1974, s'est fait au prix d'une lutte difficile menée par les femmes d'exception que sont Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi qui n'ont pas hésité, de par le
manifeste des 343 (salopes), l'association Choisir et le procès de Bobigny, à sensibiliser, par tous les moyens, l'opinion publique française à la nécessité d'autoriser l'avortement. Pourtant, la
tâche était ardue tellement l'opposition catholique était vigoureuse. L'Eglise n'a reculé devant aucune audace, invoquant le fait que l'avortement est le meurtre d'un être humain
embryonnaire. Elle a mené son combat au nom de la vie sans penser que la vie d'une femme peut être totalement bouleversée par une grossesse non désirée. L'Eglise pense d'abord à un amas de
cellules avant de penser à la détresse d'une femme désespérée. Le point de vue de l'Eglise sur le sujet est donc on ne peut plus clair et semble intangible puisque dicté par la Bible ou autres
écrits fantastiques rédigés par un écrivain à succès il y a de cela deux mille ans. Cet autisme de l'Eglise est consternant.
Mais, peut-il y avoir des exceptions, ô Dieu miséricordieux ?
La réponse à cette question nous vient du Brésil. Dans ce pays, une mère a fait avorter sa fille de neuf ans, violée par son beau-père depuis l'âge de six ans.
La réaction de l'Eglise ne s'est pas faite attendre. La mère de l'enfant ainsi que l'équipe médicale qui a pratiqué l'avortement ont été excommuniées de l'Eglise par l'archevêque de Récife, José
Cardoso Sobrinho. Le Vatican a approuvé cette décision arguant du fait que ce foetus était innocent et qu'il avait le droit de vivre. L'archevêque de Récife a même été plus loin en
déclarant que le viol est un pêché moins grave que l'avortement selon la loi de Dieu.
Affligeant.
Comment le Vatican peut-il s'opposer à un avortement pratiqué sur une fillette de 9 ans qui a été violée, qui n'était pas mûre pour devenir mère et dont la vie a été mise en danger par cette
grossesse ? Le seul et unique crime, pour ne pas reprendre ce mot fat qu'est "pêché", commis dans cette affaire est le viol de la fillette. Rien d'autre. Le seul et unique criminel est le
beau-père de l'enfant. Personne d'autre.
L'Eglise catholique reste prisonnière de dogmes fort archaïques et ce au mépris de la vie (contrairement à ce qu'elle peut affirmer), celle d'une jeune fille innocente.
Fort heureusement, cette décision de l'Eglise a suscité un vif tollé au Brésil, la "nouvelle" fille aînée de l'Eglise. Même les catholiques fervents ont taxé le Saint-Siège et
l'archevêque de Récife d'obscurantisme et de cruauté. On ne saurait mieux dire. Quant à la sphère politique, il est fort appréciable de constater que le gouvernement brésilien s'est
immédiatement opposé à ces excommunications. Le Président brésilien, Luiz Inacio Lula Da Silva, a déploré que l'Eglise soit si conservatrice tandis que le Ministre de la Santé, José Gomes
Temporao, a salué le travail de l'équipe médicale qui a sauvé la vie d'une enfant , lui qui milite depuis de longues années pour la dépénalisation totale de l'avortement au Brésil.
Espèrons que cette vague de désapprobation et d'indignation qui ébranle la très catholique société brésilienne constitue le début d'un mouvement qui verra le rêve du Ministre Temparao se réaliser
dans ce pays qui, il est bon de le rappeler, a pour devise la pensée optimiste du philosophe français Benjamin Constant, à savoir "Ordre et progrès". En attendant (que l'avortement
soit autorisé au Brésil mais aussi - Candide, rêvons un peu ! - dans le monde entier), il est préférable d'aller lire un peu pour oublier que la rive droite du Tibre à Rome abrite
un repère d'imbéciles et d'abrutis qui devraient s'adapter à leur époque et faire preuve de pragmatisme, notamment quand ils parlent de "compréhension de leurs prochains"...