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Marcel Proust

Pourquoi lire ? Raison n°29 : fuir ma déception

Publié le 11 Décembre 2008 in Pourquoi lire

"Je suis homosexuel. Lui n'avait pas le droit de ne pas l'être."

Cela fait déjà un certain temps que je ne m'étais pas remémoré ce "crime exemplaire" de Max Aub.

Rassurez-vous, je ne suis pas sur le point de commettre un crime. Et, je sais qu'il n'y a aucune chance que j'en arrive un jour à une telle extrémité.  Mais, je sais éperdument qu'en mon for intérieur, je suis loin d'être serein et quiet. Puis, de toutes façons, si je devais commettre un crime, ce serait un crime contre moi-même.

Il nous parlait de l'achat de son ordinateur portable. Il nous expliquait qu'il était mieux disposé à faire des achats si le vendeur avait une beauté plastique attrayante. Intéressant. Un beau vendeur stimulerait donc sa propension à acheter. La partie semblait gagnée. Il était de bon augure de constater que la beauté d'un homme ne laissait pas indifférent ce charmant garçon. Mais, cette supposition fut de courte durée . Il ne pu, en effet, s'empêcher d'immédiatement préciser qu'il n'était pourtant pas "gay".

C'était la première fois que nous nous parlions. Il lui a fallu à peine quinze minutes pour m'ôter tout espoir. Qu'ils sont agaçants ces hommes au profil de personnages sartriens qui se livrent sans tabou ni pudeur ! Je dois avouer que l'affaire n'a jamais été si vite expédiée qu'avec lui. Et, autant le dire tout  de suite, j'avais placé de grands espoirs en lui et ce bien malgré moi.
Au fur et à mesure de mes expériences sentimentales, je suis de plus en plus habitué à être déçu. Aussi j'avais conscience que ce ne serait pas la fin du monde s'il n'était pas homosexuel. Mais, il représentait tout de même un but et ce bien malgré moi. J'avais fait mille suppositions à son endroit et ce bien malgré moi.

Et comment aurait-il pu ne pas en être ainsi ?

De nombreux détails laissaient effectivement présager que se cachait un descendant d'Antinoüs derrière ce visage si angélique surmonté d'une chevelure dorée. Laissez-moi d'ailleurs vous présenter cet homme.
Il est artiste et, pour être plus exact, c'est un musicien très efféminé, élève du Conservatoire de Lyon.  
Il y a là un bon terreau pour faire croître les pensées les plus folles, non ?
Et puis, il est tellement beau et élégant ! Il était difficile que je ne me convainque pas progressivement qu'il ne pouvait pas ne pas être homosexuel.
Comment vous définir sa beauté si ce n'est en la comparant à celle d'Arthur Rimbaud - sâchez pour votre gouverne que j'aime beaucoup comparer les hommes qui me plaisent à ce poète "aux semelles de vent", pour reprendre les mots de Verlaine.
Je vois trois grandes ressemblances entre lui et le poète maudit. De prime abord, ils sont tous deux grands ce qui est en soi assez banal. Et, leurs regards sont les mêmes, deux yeux bleu-gris, couleur lavande de provence, qui dénotent une gravité certaine et qui surtout dévoilent  une personne douée d'un grand intellect. Enfin, et ce n'est pas la moindre des ressemblances, il respire la liberté. Il doit faire sien la devise de Rimbaud : "Baste à tout !". 

Jamais encore je n'ai vu d'homme aussi libre.

Et, jamais encore je n'ai vu d'homme aussi cultivé.
Chacune de ses phrases est ponctuée d'une référence culturelle. Son savoir n'a de limite que sa liberté c'est à dire aucune. Il est certain que pour les esprits paresseux, cet homme doit apparaître pédant. Mais ce que le commun des mortels appelle pédanterie, je préfère l'appeler curiosité. Blâmer un homme qui a un grand savoir est stupide. Il est compréhensible d'être envieux mais il ne faut pas pour autant tomber dans des lieux communs de haine de l'intelligence. Aucun doute, pour reprendre cette fois-ci le vers de Baudelaire, que ses ailes de géant l'aient empêché de marcher dans son passé. La culture de l'imbécilité est une constante de l'Humanité. Ce n'est pas prêt de changer. Une seule solution se présente, -et il l'a compris depuis longtemps- celle de courir à notre jardin et de le cultiver en essayant de faire fi, autant que faire ce peut, de la médiocrité ambiante. Vive Voltaire !

Et vive cet élégant pépiniériste -il ne fait aucune doute que son savoir est si raffiné qu'il se rapproche plus de la fleur que du légume- qui m'ouvre non seulement de nouveaux horizons, mais, en plus, qui me communique sa joie de vivre. Que c'est appréciable d'être en sa compagnie !

Il est vrai que jamais je ne pourrais lui faire ce que j'aimerais tant que les femmes  me fassent si je n'étais pas aussi timide. Mais, je sais que nous allons devenir de très bons amis. J'en suis véritablement très heureux.

Cependant, ma déception reste perceptible... Je m'en vais lire quelques minutes pour me remettre de toutes ces émotions...même si je sais que la fuite par la lecture est de moins en moins efficace...

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