Au mois de janvier dernier, dans une grande librairie lipsienne, Hugendubel pour ne pas la nommer, se tenaient des soldes (en Allemagne, les soldes de
livres sont monnaie courante...) qui offraient de très bonnes occasions ! Une preuve ? J'ai acheté pour seulement un euro le livre Effroyables
jardins de Michel Quint. Et à dire vrai ("enfin n'ayons pas peur des mots, à vrai dire"...Ah...Thierry le Luron alias VGE...!), je ne connaissais absolument pas cet auteur ni ce livre
d'ailleurs. Et pourtant (Charles Aznavour ?!), il semblerait que ce soit un grand succès de librairie qui a même servi de base à un film sorti en 2003. Je ne l'ai lu que très récemment et j'ai
donc rattrappé mes lacunes en littérature française contemporaine !
L'histoire, à très grande teneur autobiographique, n'est pas du tout compliquée. Michel (Quint assurément !) arrivé à l'âge adulte, se souvient que, dans son enfance, son père, pourtant
instituteur respecté, aimait à se travestir en clown pour aller se donner en spectacle en divers lieux. Mais, il n'avait absolument aucun talent. Ses représentations tournaient toujours au
ridicule ; raison pour laquelle le jeune Michel avait honte de son père. Mais quelle raison poussait cet instituteur à faire le clown ? Michel nous raconte alors l'apparté qu'il a eu avec Gaston,
le cousin de son père, à la sortie du film Die Brücke (le pont) de Bernhard Wicki ; un film, notamment le générique de fin, qui semble avoir boulversé non seulement son père mais
aussi Gaston et sa femme Nicole. Et c'est alors que le jeune Michel comprend tout. Tout remonte aux années noires, sous l'occupation. Et je ne vous en dirais pas plus ! Je vous laisse
découvrir par vous-même le secret qui lie le père, Gaston et Nicole.
A la fin du livre, je ne savais pas vraiment quoi penser, j'éprouvais un certain malaise. Je suis allé sur la toile pour lire les réactions de quelques lecteurs.
Certains y voient un roman formidable voire un chef d'oeuvre de notre littérature, d'autres sont plus critiques, ils ont été agacés par le style de l'auteur et parfois ils avouent ne pas
avoir bien saisi le lien entre l'instituteur-clown et le secret. Bon, concernant le style, il n'y a rien à redire ! J'ai lu que Michel Quint admire Céline et je ne suis donc pas étonné que son
style se rapproche de très près de celui de l'auteur de Voyage au bout de la nuit. C'est d'autant plus plaisant que je viens juste de terminer la lecture de ce livre de Céline ! En revanche, si l'on s'en
tient au contenu du roman, je suis plutôt déçu. Il ne m'a rien apporté. Il faut aussi dire que j'étais préoccupé, au moment où je l'ai lu, par une affaire qui me tenait à coeur, et j'ai donc
surtout était marqué par une réflexion périphérique concernant la tendance de l'être humain à toujours juger son prochain selon ses apparences (souvent trompeuses !).
Ce qui est certain, c'est que ce livre est parfaitement adapté pour une étude littéraire au collège. Il est court (à peine 80 pages), il aborde un sujet difficile (l'occupation, la résistance) et
il est un bon exemple pour parler du souvenir en littérature. Au-delà de cette dimension scolaire, je ne vois pas l'intérêt de lire ce roman si ce n'est accroître votre connaissance de la
littérature française. Sur le sujet, je préfère - et de loin ! - Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre ou encore L'armée des ombres de Joseph Kessel.
Bonne lecture tout de même ! (Vous avez sûrement envie de forger votre propre opinion et vous avez raison !)