Ce livre est une biographie romancée de Rudolf Höss, le commandant en chef du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau de 1940 à 1943.
Robert Merle tente de saisir la personnalité de ce bourreau nazi, le plus grand criminel de l'histoire de l'Humanité : Rudolf Höss est responsable de la mort de plus de trois millions de
Juifs.
Son roman est écrit à la première personne. C'est comme si Höss rédigeait son autobiographie. Cependant, il n'y a pas de mauvaise foi, pas de retour en arrière. Le narrateur , Rudolf
Lang (nom qu'Höss utilisera entre 1945 et 1947 pour fuir les Alliés), raconte son histoire de façon chronologique, en étant le plus précis possible sur les faits. Et, à travers ce procédé
littéraire, Robert Merle dévoile la biographie d'Höss ; un procédé qui peut d'ailleurs rendre insoutenable la lecture de certains passages, notamment ceux sur Auschwitz.
C'est un grand défi que s'est lancé R. Merle, à peu près le même que M. Yourcenar pour les Mémoires d'Hadrien. Et tout comme
Yourcenar, il le relève avec brio !
Ce livre se décompose en deux temps. Dans une première partie, Robert Merle explore la jeunesse d'Höss d'après les entretiens que ce dernier a eu avec le psychologue américain Gilbert. Dans
une deuxième partie, Robert Merle fait un travail de pur historien en retraçant, d'après les documents du procès de Nuremberg, les dernières années de Rudolf Höss, des étapes
de la construction des fours crématoires d'Auschwitz à sa pendaison en avril 1947.
Dans la première partie, Robert Merle fait une re-création étoffée et imaginative de la jeunesse d'Höss (Eric-Emmanuel Schmitt fait d'ailleurs écho à cette démarche en décrivant, pour sa
part, la jeunesse d'Adolf Hitler, dans son livre La part de l'autre paru en 2001).
L'atmosphère dans la famille Höss est d'une froideur extrême selon la description talentueuse de Robert Merle. En effet, personne ne s'adresse la parole. Chacun essaie de
s'éviter du regard. Rudolf parle peu, aime être seul et n'éprouve aucun sentiment. "Il n'est pas sensuel". Le père de Rudolf, un catholique très pratiquant, souhaitait que son fils devienne
prêtre. Mais, Rudolf, jeune homme solitaire, s'est très vite inscrit en faux face à la volonté de son père. A seize ans, alors que la Première Guerre mondiale dévastait l'Europe, Rudolf
s'est engagé dans l'armée allemande après avoir fui sa famille. Il combat dans l'Empire Ottoman et à dix-sept ans, il est décoré de la Croix de fer. S'en suit la défaite allemande, l'adhésion aux
corps francs (contre les révolutionnaires communistes), le chômage, la misère, les débuts au sein du NSDAP (le parti nazi), la prison et la vie de fermier. Il faut noter un point commun
intéressant entre sa jeunesse et celle d'Hitler. A la suite de l'échec de son coup d'Etat munichois en 1922, Hitler tenta de se suicider. Rudolf Höss tenta également de se suicider car il en
avait assez de vivre dans la misère (il retrouvera goût à la vie après son entrée au NSDAP).
Dans la deuxième partie, Robert Merle nous décrit minutieusement les étapes de la construction des fours crématoires d'Auschwitz. Himmler, chef de la SS, confie à Rudolf Höss le soin de
relever un défi important : tuer le plus de Juifs possible et surtout faire disparaître les corps qui sont encombrants. Höss aura l'idée de construire quatre fours crématoires, comprenez
pour chaque four crématoire, une salle de déshabillage, une chambre à gaz et le four à proprement parler. C'est également lui qui donnera aux chambres à gaz l'apparence de salles de douche pour
faire en sorte que les Juifs y pénètrent sans se révolter.
Höss ne fait preuve d'aucun sentiment. Il tue les Juifs comme il remplirait n'importe quelle tâche. Son seul souci est de satisfaire Himmler, son chef. Höss respecte les ordres. Il ne les remet
jamais en cause. Himmler ordonne à Höss d'exterminer le plus de Juifs possible, Höss extermine le plus de Juifs (ou plutôt d'"unités" comme le dit Höss) possible. Höss est totalement
déshumanisé.
En guise de conclusion, voici la fin de la préface que Robert Merle a ajoutée à son livre en 1972 :
" Qu'on ne s'y trompe pas : Rudolf Lang n'était pas un sadique. Le sadisme a fleuri dans les camps de la mort, mais à l'échelon subalterne. Plus haut, il fallait un
équipement psychique très différent.
Il y a eu sous le Nazisme des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l'intérieur de l'immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs "mérites"
portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour
l'Etat. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux."