Les apparences sont (parfois) trompeuses.
Ce roman se déroule au 7 rue de Grenelle (à Paris). Muriel Barbery nous décrit les différents habitants de cet immeuble parisien (situé dans un quartier huppé) et ce par l'intermédiaire de Renée,
la concierge, l'une des deux narratrices de ce roman.
Une concierge devrait-elle être une femme stupide qui passe son temps à regarder la télévision dans sa loge ? Ne pourrait-elle pas être cultivée et avoir soif de connaissances ?
C'est le cas de Renée, 57 ans, petite veuve laide, personnage-clé de ce roman. Tout ce qu'elle souhaite, c'est demeurer en paix dans sa loge afin de se cultiver. Sa seule hantise est d'être
démasquée. Elle se doit de se conformer à ce que les habitants de l'immeuble attendent d'une concierge : une femme sans éducation, qui parle mal et qui passe ses journées avachie devant le poste
de télévision. Renée déploie toute son énergie dans le but de ne pas décevoir l'odre établi et de ne pas faire remarquer aux habitants de cet immeuble bourgeois qu'elle est plus lettrée qu'eux.
Mais, c'était sans compter sur l'arrivée de M. Ozu...
Ce récit, narré par la concierge, est entrecoupé par le journal intime d'une autre habitante du 7 rue de Grenelle, Paloma Josse, jeune fille de 12 ans, l'autre personnage-clé du roman.
Son journal se divise en deux : le journal de ses pensées profondes et celui du mouvement du monde.
Paloma est douée d'une intelligence hors du commun. Elle a le niveau d'une khâgneuse. Elle a compris la marche du monde et refuse de se laisser enfermer dans ce "bocal à poisson" qu'est la vie.
Selon Paloma, la vie n'est qu'une farce. Tout n'est que vacuité et ineptie dans le monde des adultes. Alors à quoi bon vivre ? Paloma a pris la décision de se suicider le 16 juin, jour de
ses 13 ans, après avoir mis le feu à son appartement de 400m² qu'elle partage avec son père, député socialiste, sa mère Solange, stéréotype de la bobo parisienne (militante PS, vivant dans
la richesse et l'opulence, qui n'a cure des idées socialistes) et sa soeur Colombe, jeune Normalienne qui est, en fait, totalement stupide. Paloma, bien que sa décision semble arrêtée, tente tout
de même de découvrir, dans ce monde, une raison pour continuer à vivre. D'abord, elle cherche, de part son journal du mouvement du monde, des bribes d'évènements qui rendent ce monde beau, puis,
elle se lie d'amitié avec Renée...
Haro sur les préjugés ! Non seulement Renée et Paloma ne correspondent pas à l'ordre établi mais d'autres personnages dérogent également à l'image que l'on se fait d'eux. Ainsi, Manuela,
d'origine portuguaise, bonne à tout faire chez des personnes qui se veulent bourgeoises voire aristocrates, est une femme précieuse et raffinée ; bien plus que ne le sont ses
employeurs...
Même s'il met à mal nos préjugés, ce roman est avant tout un essai philosophique dont le sujet est "La vie vaut-elle la peine d'être vécue ?". Vous comprendrez que, vu le succès que connaît ce
livre en librairie, la réponse apportée à la problématique n'est pas un appel au suicide collectif...! A travers les personnages de Renée et Paloma, deux femmes mysanthropes et pessimistes,
Muriel Barbery nous fait part de sa vision du monde et nous transmet un message d'espoir. J'avoue que certains personnages sont drôles et que certains passages sont tout bonnement remarquables !
Je ne peux m'empêcher de vous présenter le couple de Colombe et Tibère, tous deux appartenant à une famille riche. D'un côté, une jeune femme normalienne, qui s'habille comme une pauvre (même si
elle paie ses vêtements cher...!), qui n'a aucune intelligence et de l'autre Tibère, un jeune homme sans élégance, sans intellect... On est loin d'Ariane et Solal !
La lecture de L'élégance du hérisson est agréable. Cependant, il faut noter deux bémols. La langue est soignée, le vocabulaire châtié voire peut-être trop châtié... Et, le
personnage de Paloma est parfois agaçant car il est difficile de se représenter qu'une jeune fille de 12 ans porte un tel regard sur la vie.
Il n'empêche que l'idée est originale, que le personnage de Renée est très abouti et que l'histoire est bien menée.
Bonne lecture !