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Marcel Proust

L'irréel lipsien

Publié le 22 Décembre 2007 par thomas in Billets divers

Il est des jours, où nous avons la sensation de ne plus vivre dans la réalité mais dans une sorte de bulle de vapeur qui entretient un flou autour de nous. Vendredi 21 décembre faisait assurément partie de ces jours étranges.

Après avoir lu quelques chapitres du livre de Boris Vian L'écume des jours (un récit fantastique auquel je consacrerai bientôt un billet), je me promenais dans le centre ville de la charmante cité lipsienne. Dans toutes les rues de ce dernier se trouvent des petits chalets en bois en guise d'échoppes dans le cadre du marché de Noël. Un marché de Noël qui fut vraiment très agréable à parcourir il y deçà quelques semaines. Mais, désormais c'est devenu un lieu commercial comme un autre à l'approche de l'anniversaire de Jésus. Tout n'y est qu'offres, achats et individualités : une vraie place capitaliste. Et, à la marge de ce lieu qui se parent des habits du rêve qui ne sont, en fait, que ceux d'un triste monde bien concret, un quatuor à cordes jouait, dans le froid, les mains nues, le sourire aux lèvres. Le doux air d'une symphonie de Mozart s'échappait et se répandait dans ce lieu si froid à tous points de vue. Une symphonie qui paraissait venir de nulle part tellement le lieu ne se prêtait pas à être immergé dans une musique si calme. Et un peu plus loin, deux jeunes filles, entre deux chalets enneigés, chantaient des airs de Noël de leurs voix douces qui tranchaient, elles aussi, avec ce lieu d'individualisme exacerbé. Ce sont dans ces moments-là que nous avons l'impression d'être mort ou tout au moins d'assister à la fin du monde. Etrange impression qui ne nous laisse pas indemne. Puis, en rentrant chez moi, je suis passé à proximité du Conseil d'Etat allemand qui se trouvait, du fait du brouillard, du froid, de la gelée et de la neige, dans un flou total. C'est la première fois que je voyais une telle image de flou. Tout le monde, bien évidemment reconnaissait ce bâtiment saxois, mais c'est comme si ce que nous voyions n'était que l'image du Conseil dans un miroir déformant. Etrange. 

J'eus un doute. Je tâtais mon bras. J'étais bien en vie. La mort n'était pas encore venue.

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