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Exceptionnelle densité pour un mois de février symphonique haut de gamme, à Paris, dont la venue de Riccardo Chailly avec son orchestre du Gewandhaus de Leipzig, à Pleyel, constitue incontestablement l'un des temps forts.

Le chef d'orchestre italien est, à 56 ans (il est né le 20 février 1953 à Milan), une baguette superlative. Assistant de Claudio Abbado à La Scala de Milan dès l'âge de 20 ans, il a dirigé de main de maître seize ans durant (de 1988 à 2004) l'une des meilleures phalanges au monde, l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam. Puis il est devenu, en 2005, "Kapellmeister" de l'orchestre historique du Gewandhaus, principal orchestre de la ville de Leipzig (fondé en 1781), en même temps qu'il devenait le directeur de l'Opéra de cette ville de l'ex-Allemagne de l'Est.
Le Gewandhaus, qui, au gré de l'Histoire chaotique, a été logé dans trois bâtiments successifs, est un monument : il a joué les symphonies de Beethoven du vivant du compositeur ; il a accueilli comme chefs permanents Felix Mendelssohn (de 1835 à 1848), Wilhelm Furtwängler, Bruno Walter ou Kurt Masur.
Orchestre de légende, chef d'exception : dès les premières mesures, la jouissance est là. Opulence et profondeur des cordes, lyrisme et souplesse des vents, irradiation des cuivres, cet orchestre, qui fut l'un des premiers à oser une intégrale des symphonies de Bruckner, sonne et porte beau. Une machine à sons magnifique, dont Riccardo Chailly joue en hédoniste voluptueux, avec un art du raffinement qui va parfois jusqu'à la rupture sémantique. De fait, la Deuxième symphonie de Beethoven y perd son latin, et finit par créer une culpabilisante impression d'ennui, comme le ferait un discours très savant, que l'auditeur comprendrait sans en pouvoir croire un mot.
De facture séquentielle, malgré sa monumentalité, la Troisième symphonie que Bruckner offrit à Wagner, en 1873, après avoir été reçu par le maître à Bayreuth, se prête mieux à cet art anthropophage de la dissection amoureuse.
Chailly est en outre un conteur pyromane, qui excelle à superposer les histoires de feux et contre-feux, travaillant la moindre étincelle sans jamais lâcher l'idée d'un grand bûcher final. Il rejoint en cela la vision d'un autre grand brucknérien, le chef d'orchestre allemand d'origine roumaine Sergiu Celibidache (1912-1996), pour qui "le temps de Bruckner, c'est ce qui vient après la Fin".
Symphonie n° 2, op. 36 de Beethoven, Symphonie n° 3 "Wagner", de Bruckner. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Riccardo Chailly (direction). Salle Pleyel, 252, rue du Fbg-Saint-Honoré, 75008 Paris. M° Ternes. Le 11 février. Prochain concert Mendelssohn, avec Lang-Lang (piano), le 12 février à 20 heures. Tél. : 01-42-56-13-13. De 10 € à 85 €. Sur Internet : www.sallepleyel.fr.
Marie-Aude Roux