Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Marcel Proust

Pourquoi lire ? Raison n°41 : fuir la persécution des homosexuels par les islamistes

Publié le 4 Octobre 2009 in Pourquoi lire

Il est souvent bon de lire la presse étrangère. Notamment l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Les journalistes Juliane von Mittelstädt et Daniel Steinvorth y ont signé début septembre un brillant article sur la vague homophobe qui ébranle actuellement le monde islamique. Ils en décrivent non seulement la teneur, mais ils tentent aussi d’en expliquer les raisons – et ce en évitant tout fâcheux amalgame.


Il m’a paru nécessaire de le traduire.

 

Les fils roses d’Allah


Les hommes barbus l’ont kidnappé dans le centre de Bagdad, l’ont jeté dans une cave, l’ont enchaîné, ont uriné sur lui, et l’ont frappé avec un tuyau en fer. Mais, le moment le plus dur pour Hisham, 40 ans, vint le quatrième jour, quand ses ravisseurs ont appelé sa famille. La peur le submergea. Ils allaient sûrement annoncer à sa mère, qu’il était homosexuel et que c’est pour cette raison qu’ils l’avaient enlevé. Il était alors certain de ne jamais revoir ses parents. La honte jetée sur la famille leur serait insupportable.

« Faîtes de moi ce que vous voulez, mais ne leur dîtes rien », a-t-il crié.

Plutôt que de l’humilier aux yeux de sa famille, les ravisseurs ont réclamé 50 000 $ de rançon ; ce qui représente une somme énorme pour une famille irakienne moyenne. Les parents ont dû emprunter de l’argent et vendre tous les biens de leur fils. Peu de temps après, les ravisseurs ont relâché Hisham dans le nord de Bagdad, en le jetant d’une voiture en marche. Ils ne l’ont pas tué et l’ont laissé s’enfuir. Ils lui ont toutefois lancé, tandis qu’il s’éloignait : « C’est ta dernière chance. Si on te revoit une seule fois, on te tuera. ». Par la suite, Hisham est parti au Liban. Il a alors dû mentir à sa famille. Officiellement, il est parti pour fuir la violence et la terreur et aussi parce qu’il avait trouvé un emploi à Beyrouth. Il s’est bien gardé de dire à ses parents qu’étant homosexuel, il ne pouvait rester en Irak. Il avait peur des escadrons de la mort qui font la chasse aux hommes « féminisés ».

Au début de l’année, une nouvelle série de meurtres visant des hommes soupçonnés d’être homosexuels a commencé à Bagdad. Ils sont souvent violés. Les meurtriers leur coupent les parties génitales et leur bouche l’anus au moyen de colle. Leurs cadavres gisent sur des tas d’ordures ou dans la rue. L’organisation de protection des droits de l’homme Human Rights Watch parle d’une « campagne systématique » qui a conduit aux meurtres de centaines d’homosexuels.

La vidéo d’une fête qui a eu lieu à Bagdad à l’été 2008, montrant des hommes danser entre eux, est considérée comme l’élément déclencheur des assassinats, des viols et des enlèvements. Elle a été très largement diffusée par portable et via Internet. Les prédicateurs islamistes s’en sont servis pour attiser la haine contre le danger grandissant d’un « troisième sexe » que les soldats américains auraient introduit en Irak. Ce sont avant tout les partisans du chef Chiite Moqtada Al-Sadr qui se sentent, depuis lors, appelés à rétablir « la morale religieuse ». Leurs miliciens habillés tout en noir patrouillent dans leur quartier général de Sadr City à Bagdad, et tentent de repérer tous ceux qui attirent l’attention du fait de leur « comportement efféminé ». Cheveux longs, T-Shirt et pantalon moulants, démarche pavoisante sont souvent des signes suffisants pour mener à une condamnation à mort. L’armée Mahdi n’est pas la seule à participer aux assassinats des homosexuels, puisque d’autres groupes y prennent aussi part : des milices sunnites proches d’Al Qaïda mais aussi les services de sécurité irakiens.

 


La vie des homosexuels est actuellement particulièrement menacée en Irak, comme cela est d’ailleurs aussi le cas dans l’ensemble du monde islamique. D’après des associations gays, plus de 100 000 hommes et femmes sont victimes de discriminations ou bien sont menacés. Ils sont plusieurs milliers, soit à se suicider, soit à atterrir en prison, soit à fuir leur pays.

Plus de trente pays islamiques ont une législation qui interdit l’homosexualité. Les peines vont de plusieurs coups de fouet à la prison à vie. Les homosexuels risquent même la peine de mort en Mauritanie, au Bangladesh, au Yémen, dans une partie du Nigéria, au Soudan, aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite et en Iran.

Les homosexuels sont aussi traqués, emprisonnés et parfois tués dans des pays dans lesquels l’homosexualité n’est pourtant pas punie par la loi. La situation devient particulièrement difficile en Egypte, même si ce pays a longtemps été réputé pour être un pays ouvert sur la question de l’homosexualité. Les homosexuels y sont pourchassés par une police de la morale qui met les téléphones sur écoute et qui recrute des informateurs. Les homosexuels sont inculpés pour « débauches ».

En Malaisie, l’homosexualité sert même d’arme politique. En 2000, le célèbre homme politique Anwar Ibrahim a été condamné à neuf ans de prisons pour avoir eu des relations sexuelles contre nature avec son chauffeur et un proche collaborateur. En 2004, il fut déclaré non-coupable après un pourvoi en cassation. Ce jeu macabre s’est répété durant l’été 2008. Il a été inculpé pour « rapports homosexuels ». Le procès n’est toujours pas terminé.

Anwar était l’un des protégés de Mahatir Mohamad. Il devait le remplacer au poste de Premier Ministre, jusqu’à ce que Mahatir le vire en 1998. Anwar redevint Parlementaire dix ans plus tard. Son retour en politique se limite à cela pour le moment.

Même au Liban, un pays cosmopolite, les homosexuels risquent un an de prison. Toutefois, Beyrouth abrite l’association « Helem » (Rêve), la seule organisation pour gays et lesbiennes qui existe dans le monde arabe. Dans les bureaux de l’organisation, situés en plein cœur de la ville, on trouve des affiches de prévention contre le Sida ainsi que des renseignements contre l’homophobie. Seulement tolérée, « Helem » n’a toujours pas reçu d’autorisation officielle de la part du ministère de l’Intérieur et comme le dit Georges Azzi, le responsable de l’association, « il est à peine pensable que nous ne l’obtenions jamais ».

A Istanbul, il y a une scène homosexuelle libre, un « Cristopher Street Day » et même un fort engouement pour la diva de la pop Bülent Ersoy qui est transsexuelle tout comme pour le chanteur homosexuel Zeki Müren. Mais, au-delà des podiums et des scènes de spectacles, il est honteux d’être un götveren c'est-à-dire une « tapette ». L’homosexualité est considérée comme une maladie. Dans l’armée, l’homosexualité peut permettre de se faire réformer. Pour ce faire – et ainsi démasquer les faux-homosexuels - , les médecins militaires réclament des photos ou des vidéos qui prouvent que la potentielle recrue a eu des rapports sexuels avec un homme. Il va de soi que la recrue doit avoir été « passive » lors du rapport, vu que, si elle a été « active », elle passe en Turquie pour un homme assez masculin pour pouvoir intégrer l’armée.



Il semblerait qu’une vague d’homophobie ait atteint le monde islamique, qui fut pourtant connu par le passé pour être ouvert sur ce sujet. La littérature homosexuelle érotique y a été très répandue. Les rôles de chaque sexe n’y ont pas été définis de façon étroite et les hommes se sont laissés divertir par de jeunes éphèbes, comme chez les Grecs anciens.

Mais, l’hégémonie culturelle est désormais définie par les islamistes. Parmi ceux-ci, on compte des hommes tel que le célèbre prédicateur égyptien Youssouf al-Karadwi, qui diabolise les « pervers » homosexuels ou bien l’ayatollah chiite Ali al-Sistani qui a publié une fatwa il y a quatre ans dans laquelle il appelle les fidèles à tuer les homosexuels avec brutalité. Ces leaders d’opinion fondent leur aversion de l’homosexualité sur l’histoire de Loth dans le Coran : « Vous commettez en toute concupiscence l’acte de chair avec des hommes plutôt qu’avec des femmes. Vous êtes dans le pêché. ». Pour avoir commis ce pêché, le peuple de Loth ainsi que les villes de Sodome et Gomorrhe, ont disparu. En plus de cela, il faut aussi prendre en compte des discours du Prophète Mohammed, dans lesquelles ils condamnent les « actes du peuple de Loth ». Une fois, il a même préconisé la peine de mort.

Toutefois, selon le spécialiste new-yorkais Everett Rowson, l’histoire du peuple de Loth et d’autres versets du Coran ne se sont que clairement rapportés à la condamnation des rapports sexuels homosexuels qu’à partir du XXème siècle. Le nouvel usage qui est fait de cette histoire est dû à l’Occident, à travers la pruderie des puissances coloniales européennes, qui ont répandu leur morale sexuelle dans les pays nouvellement conquis.

En effet, la moitié des interdictions de l’homosexualité encore en vigueur à travers le monde repose sur une seule loi, que les Britanniques ont promulguée en 1860 en Inde. Rowson pense que « beaucoup de positions concernant la morale sexuelle, perçues comme identiques à celles de l’Islam, doivent plus à la Reine Victoria qu’au Coran ».

La politisation de l’Islam a conduit avant tout aux actuelles persécutions à l’encontre des homosexuels, car, depuis cette politisation, la morale sexuelle n’est plus privée mais elle est réglementée et instrumentalisée par l’Etat.

Pour Scott Long de l’organisation Human Rights Watch, « les régimes les plus répressifs sont ceux laïcs d’Egypte, du Maroc ou de Turquie, qui subissent la pression des islamistes et qui, en conséquence, ont cherché à leur damer le pion en ce qui concerne la morale. Par ailleurs, la persécution des homosexuels montre que le régime a le contrôle sur la vie privée des citoyens. C’est un signe de pouvoir et d’autorité. » Ainsi, depuis quelques années, une « panique morale » est alimentée et attisée dans de nombreux pays.

Par exemple en Iran. Depuis la révolution islamique, les homosexuels sont persécutés, plus ou moins fortement – plutôt plus que moins depuis que Mahmoud Ahmadinedjad, qui ne cesse d’affirmer qu’il n’y pas d’homosexuels dans son pays, est au pouvoir. Le simple soupçon d’entretenir des « relations contre-nature » suffit à être fouetté. La peine de mort menace tous ceux qui ont été pris plusieurs fois sur le fait. Officiellement, 148 homosexuels ont été exécutés jusque-là, même si ce nombre doit être en réalité plus élevé. Et, le cas du jeune Makwan Moloudjad, 21 ans, qui a été pendu, a fait grand bruit. Il aurait violé trois garçons. Il est habituel de mettre sur le dos des homosexuels des crimes qu’ils n’ont pas commis - viols, escroqueries ou vols - pour justifier leur exécution.

 


C’est pourquoi de nombreux gays et lesbiennes ont fui l’Iran. La plupart des homosexuels sont alors partis en Turquie. « Je n’avais pas d’autres choix que de fuir » explique Ali, un médecin âgé de 32 ans. « Si j’étais resté, ils m’auraient tué ».

Ali était prudent. Il n’allait que très rarement dans les fêtes. Il se rendait dans plusieurs cafés Internet pour chatter. Pas une fois il n’a trahi son secret auprès de sa famille. Tout se passait bien jusqu’à ce que le père de son amant les ait surpris tous les deux en train de s’embrasser. Deux jours plus tard, Ali perdit son travail à l’hôpital. Une voiture a intentionnellement foncé sur lui, juste avant quoi il reçut un coup de fil : « On veut que tu sois pendu. » Il ne savait pas que le père de son amant était un membre de haut rang des gardiens de la Révolution. Ali a retiré ses économies et a pris un train pour la Turquie. Il y a fait une demande d’asile. Il vit depuis dans un logement minuscule à Kayseri, dans le centre de l’Anatolie. Il est l’un des 35 homosexuels de la ville à avoir fui l’Iran.

De même, Arsham Parsi, âgé de 29 ans, a fui Shiraz il y a quatre ans. Il est l’un des hommes les plus recherchés d’Iran, car, en 2001, il a créé, sur le Net, le premier réseau iranien pour les homosexuels. Ils ne communiquaient que par mails. Peu connaissaient sa véritable identité. Il a malgré tout préféré partir. Il a échappé à la dernière seconde aux gardiens des mœurs. Il a obtenu un visa pour le Canada, pays où il a fondé l’ « Iranian Queer Organization », qui compte 6 000 membres en Iran. Parmi eux se trouvent beaucoup de transsexuels ou des personnes qui se considèrent comme tel. En effet, selon Parsi, « la moitié des opérations chirurgicales de changement de sexe concernent des homosexuels. »

 


Les persécutions à l’encontre des homosexuels ont conduit à une explosion du nombre d’opérations de changement de sexe, à tel point qu’il y a plus d’opérations de ce type en Iran qu’ailleurs dans le monde, exception faite de la Thaïlande. Elles ont été autorisées en 1983 par l’Ayatollah Khomeiny en personne. Il considérait la transsexualité comme une maladie qui pouvait être guérie grâce à une opération de changement de sexe. Des milliers de personnes ont suivi ce traitement, une partie des coûts étant prise en charge par l’Etat.

Parsi affirme que « les médecins et la famille poussent les homosexuels à se faire opérer, afin que leur mauvaise orientation sexuelle soit corrigée ». De cette manière, un haut responsable religieux peut financer un corps de femme à son secrétaire, pour, par la suite, pouvoir l’épouser.

Le très conservateur Royaume d’Arabie Saoudite est le seul pays arabe, dans lequel la Charia est strictement appliquée. Là-bas, Les homosexuels sont fouettés ou bien exécutés. « Malgré tout, les homosexuels y sont plus libres qu’en Iran » remarque Afdhere Yama, qui a voyagé à travers tout le monde islamique pour écrire son livre « Illegal Citizens ».

Ce Royaume laisse étonnamment beaucoup de libertés aux homosexuels dans leur quotidien. Des journaux rendent compte de rapports sexuels lesbiens dans des toilettes scolaires. Certains centres commerciaux, restaurants et bars sont considérés comme des lieux de rencontres pour homosexuels, ce qui est un secret connu de tous.

« Il y a beaucoup de Saoudiens qui prennent pour amant un jeune homme, car ils ne sont pas mariés ou bien car leur femme est enceinte. » affirme Yama. Les relations avec des partenaires de même sexe sont souvent la seule possibilité d’avoir des rapports sexuels étant donné qu’il est impossible d’avoir des rapports sexuels avec une femme en dehors du mariage. « Chez nous, en Occident, ces hommes seraient vus comme des homosexuels, mais, dans des pays comme l’Arabie Saoudite, la catégorisation est plus compliquée » semble penser Yama. La plupart des musulmans ne peuvent pas faire sienne la conception occidentale d’« identité homosexuelle ». Il n’y à ni mode de vie gay spécifique, ni mouvement homosexuel.

Coiffé d’un chapeau de prières, Daayiee Abdullah est un Imam âgé de 55 ans, portant la barbe. Et il est gay. Il est l’un des deux seuls Imams au monde à avoir publiquement révélé son homosexualité. Elevé à Détroit dans la confession baptiste, c’est librement qu’il a décidé de devenir musulman. Durant ses études à Pékin, il a rencontré des musulmans chinois et il s’est converti à l’Islam. « Ils m’ont dit qu’être homosexuel ne posait aucun problème pour être un bon musulman. »

 


L’Imam Abdoullah - et il n’est pas le seul – interprète l’histoire de Loth différemment. Dieu n’a pas condamné les homosexuels, mais les violeurs et les voleurs. Ce n’est pas l’homosexualité qui est proscrite par le Coran, mais le viol. « Le refus de l’homosexualité est en partie culturel et politique, exactement comme les crimes d’honneur et les mariages arrangés qui ne sont pas stipulés dans le Coran. »

Habitant à Washington, Abdoullah dit la prière lors d’enterrements d’homosexuels – et avant tout quand ceux-ci sont morts du Sida car tous les autres Imams refusent de présider à l’enterrement de séropositifs. Il conclut des unions homosexuelles et prodigue des conseils depuis onze ans à des homosexuels pieux sur son forum Internet « Muslim Gay Men ».

Il n’arrête pas de recevoir des menaces de mort. Mais l’Imam préfère en rire et se demande « comment deux homosexuels qui s’aiment peuvent ébranler les fondements de Dieu. »

 

Publicité
Publicité
Commenter cet article
D
<br /> ça y est, le Tribunal administratif de Besançon a invalidé un refus d'adoption par un couple homo par le Conseil général du Jura ce 10 novembre. L'occasion d'apprendre que la France avait été<br /> condamnée en octobre 2008 par la CEDH (le couple en question en était arrivé là).<br /> Une bataille gagnée en France, mais la guerre continue.<br /> <br /> <br />
Répondre
Publicité