Un journée doucement ensoleillée semblait poindre en ce début de matinée. Le quotidien allait sûrement se répéter même si je devais quitter Leipzig pour passer
ma journée à Dessau afin de découvir les charmes post-communistes de cette cité est-allemande. Le quotidien ? La laideur des imbéciles, la beauté de la nature et des Arts, et surtout l'amour à
l'égard des personnes intelligentes. Il faisait frais, le soleil brillait lorsque je quittais mon domicile en quête d'eau. Me voici donc à 9h dans la rue à jouir de la douceur printanière. Mais,
mon quotidien fut perturbé par un bruit, d'abord sourd, devenu rapidement un son d'instruments harmonieux. Les lieux baignèrent alors dans une musique, provenant sans aucun doute d'un orchestre
de cuivres, qui me rappelait une marche napoléonienne fort célèbre. Où étais-je ? Je me posai immédiatement cette question. Tout me paraissait si irréel. L'aube finissante, seul dans une rue
allemande, entraîné par une mélodie traditionnelle française. Je revins vite à la raison et continuais ma journée dans un monde bien réel. J'appris un peu plus tard que la ville de Leipzig
accueillait des centaines d'orchestres protestants de cuivres à l'occasion de l'Osaunentag (fête protestante). J'avais dû assister à une répétition.
De retour de Dessau, en début de soirée, je me dirigais rapidement vers l'Augustusplatz puisque le point d'orgue de ce rassemblement d'orchestres protestants y trouvait alors place. Imaginez la
plus grande place urbaine d'Allemagne (25 000 m²) uniquement occupée par des milliers de joueurs de cuivres (trompettes, trombones, tubas, cors). Mais surtout, imaginez un pasteur sur un
élévateur, à une dizaine de mètres du sol, en plein milieu de la place, son image reproduite sur deux écrans géants, récitant différents psaumes issus de la Bible mais surtout faisant office de
chef d'orchestre pour diriger le plus grand orchestre de cuivres au monde ! Chaque joueur de cuivre avait les partitions qui accompagnaient cette prière en plein air et chacun, sur ordre du
pasteur, les transformaient en musique surprenante. Pour la deuxième fois dans la journée, l'environnement dans lequel j'évoluais me semblait irréel. Dès que ces milliers de joueurs
commençaient à entonner l'air musical, je pensais être arrivé devant Saint-Pierre quelques minutes après ma mort. J'avais une sorte d'orgasme musical qui comme l'orgasme sexuel nous montre
l'espace de quelques secondes un aperçu de notre mort. D'où une forte envie d'en finir avec la vie. Encore une fois.
Mais, dans ces moments-là, mon corps bande ses forces pour ramener mon esprit à la vie. Ce doit être ce qu'on appelle l'instinct de survie. Des pensées noir réglisse reviennent à ma mémoire.
Impression de fin du monde, de fin de vie. Une fois ce premier stade passé, mon esprit cherche quelques pages de lecture à grailler afin de m'immerger dans des existences
parrallèles qui me font oublier mes envies d'en finir. Viens alors l'étape ultime : lire, lire et seulement lire. La lecture devient frénétique. Je me fixe comme objectif de finir de lire le
livre que j'ai commencé. Et tant que je ne suis pas arrivé à la fin, je ne peux me résoudre à succomber aux maux de la vie. Ce serait trop bête de mourir sans connaître la fin de
l'histoire et ses enseignements. Et, le plus souvent, au cours de cette lecture, l'envie de vivre revient ; plus exactement l'envie de découvrir encore et toujours les beautés de Dame
Littérature et l'envie d'en parler avec des personnes qui, tout comme moi, sont sensibles à ses charmes.
La lecture - mais ce peut être aussi pour d'autres personnes la musique, le théâtre, le cinéma ou une autre passion - permet de résister face à la mort. Lisons !